“Accueillir un étranger, c’est possible” – Témoignage de François et Fabienne

Pour vivre la compassion, un des 3 piliers de la Communauté de l’Emmanuel, François et Fabienne ont fait le choix d’accueillir des demandeurs d’asile avec l’association Welcome. Ils nous racontent comment cela se passe pour eux.

Comment en êtes-vous venus à accueillir des réfugiés chez-vous ?

Plusieurs fois, le pape François nous a invités à accueillir l’étranger. Personnellement, notre déclic a eu lieu quand il a visité l’île de Lesbos, et qu’il est reparti avec une famille de musulmans. Nous y avons vu un appel pour nous également, sachant qu’avec le départ de nos filles, nous avions objectivement de la place dans notre maison. Mais nous ne voulions pas être dans l’illégalité en accueillant, et nous avions quelques craintes humaines : par exemple, que cet accueil soit compatible avec notre vie quotidienne et professionnelle, ne pas avoir à gérer les aspects administratifs.

Cet appel s’est concrétisé en entendant à la radio la présentation de l’association Welcome que l’on a contactée dans la foulée. Cette association propose une hospitalité et un hébergement provisoire gratuit au sein d’un réseau de familles et de congrégations religieuses, pour une personne dont la demande d’asile est en cours de traitement et qui est laissée à la rue, faute de place dans le Dispositif National d’Accueil. Après leur demande, ces personnes sont censées être accueillies dans un CADA (Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile), mais souvent, ces structures sont saturées, et ces personnes se retrouvent à la rue. L’association les accueille donc pendant 6 mois, le temps que leur demande avance, dans 6 familles ou congrégations successives, et leur permet de tirer le plus grand profit de ce temps en les aidant à s’intégrer.

Dans quelles conditions se passe l’accueil pour vous ?

De notre côté, nous nous rendons disponibles pour cet accueil un mois par an et nous avons déjà accueilli trois personnes : un jeune Nigérian catholique, aux alentours de 25 ans, un Afghan musulman de 23 ans et un Togolais catholique de 32 ans. L’association nous demande d’accueillir les personnes indépendamment de leur religion et nous ne choisissons pas les personnes que nous accueillons. Si les profils sont variés, ce sont souvent des hommes jeunes qui viennent. Peu de femmes le font, car le périple est risqué pour elles.

L’accueil est bien cadré avec l’association. Il faut aussi savoir que chaque personne accueillie a un tuteur qui gère les questions médicales et administratives et qui peut servir d’intermédiaire s’il y a un problème. Personnellement, nous n’en avons jamais eu besoin. L’accueillant et l’accueilli se mettent d’accord (Contrat à signer) sur des bases de vie commune telles que les rythmes de vie et les habitudes du lieu d’accueil (clefs, horaires, utilisation des espaces communs…).

Il ne s’agit pas d’un hébergement d’urgence mais de permettre avant tout une expérience de rencontre réciproque entre accueillants et accueillis. On offre le gite, et le couvert le soir et le week-end, et notre présence. On accueille vraiment la personne comme quelqu’un de notre famille. On l’aide à comprendre le mode de vie des familles françaises, y compris l’apprentissage de la langue.

Nos relations avec la personne accueillie se jouent toutes sur la base de la confiance : on lui donne la clé, il est chez nous quand on y est pas…

Il nous faut accepter de nous consacrer à l’autre sur un mois, d’être dérangés et d’en tenir compte dans notre emploi du temps. Pour résumer cela en 2 mots, je dirais que l’accueil c’est à la fois l’audace et la prudence !

Cet accueil est aussi un lieu d’échanges pour vous ?

Ces personnes ont souvent eu beaucoup de souffrances. Nous veillons à ne pas être intrusifs sur leur passé et les raisons de leur exil. Mais cela n’empêche pas des échanges très profonds avec eux. Par exemple, l’un d’entre eux nous a dit : « Je sais qu’un jour toute cette souffrance finira ». Sa foi et sa confiance en Dieu nous ont vraiment édifiés. Ça, c’est décapant pour nous !

Quels fruits cette initiative porte-t-elle pour vous ?

Tout d’abord de constater qu’il était possible d’accueillir un étranger. Il y a une différence entre ce qu’on voit à la télé et la rencontre réelle : les accueillis sont des personnes et pas des statistiques. Ce sont des hommes avec leur vie, leurs joies et leurs souffrances. Je n’en ai plus peur maintenant. Nous sommes appelés à donner, en exerçant notre discernement. Cela crée une ouverture du cœur en nous.

De mon côté, j’ai réalisé que quelque part dans le monde il y avait des mères qui pleuraient leurs fils et espéraient qu’une famille les accueille et que ces fils auraient pu être mes filles.


Voir aussi : Le message du pape François pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié 2020

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