Accompagnement d’un prêtre par un laïc : comme sur le chemin d’Emmaüs

Au sein de l’Emmanuel, les prêtres bénéficient d’un accompagnement par un laïc. Explications et témoignage.

Par Henry Huygues-Despointes et Xavier Terrien

Cet article est paru dans la revue Il est vivant! n°363

Lors de la fondation de l’Emmanuel, Pierre Goursat pensa très vite à mettre en place l’accompagnement des membres de la Communauté par d’autres frères et sœurs.

Qui suis-je pour… ?

Oui, « qui suis-je pour accompagner un frère ? » : c’est une grâce insigne mais “terrifiante” (comme le disait un ancien modérateur de la Communauté). Mais pour un laïc, accompagner un prêtre, c’est peut-être encore plus “terrifiant” ! Et pourtant cette “connexion” entre les deux sacerdoces, baptismal des fidèles et ministériel des prêtres, qui participent tous deux à l’unique sacerdoce du Christ, chacun d’une manière particulière, est essentielle.

Pensons aux disciples d’Emmaüs (Lc 24, 13-32) : ils avancent tout en discutant lorsque Jésus les rejoint, les accompagne et les ouvre à la lumière des Écritures. C’est ce que nous vivons dans l’accompagnement. Je vais voir mon frère qui me porte dans la prière, je lui présente humblement ce que j’ai vécu (ou non) de l’appel communautaire. Tout aussi humblement, il “fait miroir” en me posant des questions et curieusement, la lumière se fait ! Dieu est là, lui qui fait tout contribuer au bien de ceux qui humblement s’appuient sur leurs frères et sœurs pour avancer.

L’accompagnement est un moment fort, porté par la prière et l’amitié fraternelle, partant du for externe (ce que j’ai fait ou dit aux yeux des autres) et qui m’aide à discerner au for interne (ce qui se passe à l’intérieur de moi-même). Je peux d’ailleurs partager des éléments de ce for interne avec l’accompagnateur.

Tous les prêtres formés dans la Communauté ont discerné un appel à une vie communautaire avec des laïcs. Chaque prêtre est entouré d’hommes et de femmes qui l’aident à vivre son célibat. Le prêtre de l’Emmanuel bénéficie, pour l’accompagner, de la présence paternelle de l’évêque, de celle du responsable des prêtres et de son père spirituel. L’accompagnement fraternel tient compte de ces différentes réalités sans s’y substituer.

Il s’agit de partir du concret :

– Gestion du temps, temps de prière
– Rapport avec son corps
– Rapport à l’argent
– Liens avec sa famille
– Relations avec ses amis
– Périodes de repos, de vacances
– Tensions pouvant surgir entre vie communautaire, paroisse, diocèse, appel missionnaire
– Maisonnée, rencontres communautaires, sessions de Paray…
– Vie communautaire entre prêtres.

Cette liste, non exhaustive, renvoie aux points essentiels. La vie spirituelle du prêtre peut être  aussi abordée mais l’accompagnateur n’hésite pas à renvoyer au père spirituel. Accompagner un prêtre, pour un laïc, c’est une grâce et une joie qui nous donne de vivre au cœur du mystère de l’Église et d’apprendre à aimer le sacerdoce. Comme pour les disciples d’Emmaüs, le Seigneur nous rejoint, nous accompagne et nous éclaire. « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » Marie, mère de l’Emmanuel, qui porte notre consécration à Jésus, est toujours présente.

Xavier : « Un regard différent qui m’aide à m’ancrer davantage sur terre »

Parfois, on rit bien en accompagnement. À une époque, je me trouvais dans une situation un peu compliquée. Mon accompagnateur y était très attentif et portait cette situation dans la prière. Un jour, je lui présente une solution : une belle fulgurance ecclésiastique ! Je le vois encore réagir, le sourire aux lèvres : « Je vous tire mon chapeau ! Les solutions que vous êtes capables de trouver sont parfois tellement hors norme pour nous, les laïcs. Crois-moi, chez nous, ça ne marcherait pas. Mais vous êtes tellement au-dessus de nous ! » (Rires) Voilà une des choses que je recherche auprès de mon accompagnateur : un point de vue différent, riche d’expérience humaine et spirituelle, qui me tire du monde hors norme dans lequel j’évolue – la paroisse, le diocèse, l’Église – pour m’aider à objectiver, à m’ancrer davantage sur terre et ainsi faire porter plus de fruits à ma vie et à mon ministère. Prêtre et curé, je ne suis pas un surhomme, pourtant les défis auxquels je suis confronté sont denses et leur somme fait parfois pression sur moi, me faisant lâcher certaines priorités de notre vocation commune telles que la louange, l’adoration, l’évangélisation, la vie fraternelle… Mais ce n’est pas toujours facile de le partager aux laïcs qui souvent idéalisent encore notre vie ! Faire le point avec mon accompagnateur de l’Emmanuel est très précieux pour moi. Son accueil et son écoute bienveillante m’aident à grandir en humilité et en vérité. Avec mon frère laïc, je suis appelé à partager au for externe (sur mes actes, mes paroles, mes omissions…) mais ce dernier dit tellement du for interne (ma vie intérieure) qu’il parle de lui-même. Et parfois je l’aborde. D’où l’importance du climat fraternel. Merci mon Dieu pour cette belle grâce !

Cet article fait partie du dossier thématique :Prêtres et frères, au service de tous →

Le magazine Il est vivant a publié le numéro spécial :

IEV n°363 - Prêtres et frères

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