« Face à la peur d’être jugées, elles sont accueillies, écoutées, aimées. »
Chaque année, des milliers de familles franchissent la porte de l’Église pour organiser les obsèques d’un proche. Souvent éloignées de toute pratique religieuse, traversant des situations souvent bien singulières, elles y trouvent une oreille et un cœur attentifs à leur souffrance. Pour Marc Duhant, diacre à Tours, « l’accompagnement des familles en deuil est le premier lieu d’évangélisation des paroisses et demande un accueil inconditionnel. »
« L’enjeu n’est pas dans la célébration mais bien dans la rencontre avec les familles » témoigne Marc Duhant. Pour ce diacre du diocèse de Tours, membre de la Communauté de l’Emmanuel, les funérailles représentent bien davantage qu’une cérémonie d’adieu : « L’Église rencontre ceux qui n’y viennent plus. »
Dans sa paroisse – Saint-Sauveur à Tours – 274 obsèques ont été célébrées l’an dernier. Un nombre très supérieur à la moyenne des autres paroisses du diocèse qui en célèbrent plutôt autour de 30 ou 40, et qui s’explique par la présence de 13 EHPAD sur le territoire paroissial.
Pour accompagner les proches et les familles, la communauté paroissiale est largement mobilisée : prêtres, diacres, laïcs accompagnateurs, sacristains et même une « équipe Fun » (NDLR : Fun pour funérailles !) composée de paroissiens disponibles pour être présents lorsque les défunts sont très isolés. « Grâce à eux, nous avons très rarement des obsèques où il n’y a que le défunt et nous », explique Marc. Il y a quelques semaines, il a été contacté par les pompes funèbres au sujet d’un homme de 93 ans, mort sans famille. « J’ai appelé l’EHPAD où il vivait pour essayer de connaitre un peu cet homme. Touchés par la démarche, trois membres du personnel sont finalement venus assister aux obsèques, en plus des deux paroissiens de « l’équipe Fun » et moi, il n’est pas parti seul. »
Une Église qui accueille sans juger
Si la grande majorité des familles est éloignée de la foi, elle vient frapper à la porte de l’Eglise par tradition, à la demande du défunt. « Les proches arrivent souvent avec la certitude qu’ils vont être jugés parce qu’ils ne vont pas à l’église ou à la messe. Et puis ils découvrent qu’ils sont accueillis, écoutés, aimés. » Les rencontres préparatoires aux obsèques constituent alors un moment privilégié. Pendant une heure ou davantage, les proches racontent une vie, évoquent des souvenirs, parfois des blessures. « Je me suis rendu compte, confie Marc, que souvent, ils connaissent peu la foi de leurs parents ou grands-parents. »
Avec certains, c’est même la première occasion de parler vraiment de la mort. « Nous essayons d’utiliser les vrais mots. De parler du défunt, de la mort, du deuil. Souvent personne ne l’a fait avant » partage Marc qui se souvient de ce rendez-vous où les proches du défunt ont pleuré pour la première fois.
Premier lieu d’évangélisation dans les paroisses
L’accueil inconditionnel des familles en deuil est un enjeu de taille pour l’Eglise : « C’est le premier lieu d’évangélisation des paroisses » assure le diacre, chiffre à l’appui : « Dans le diocèse de Tours, 20% des catéchumènes sont revenus à l’Eglise après une rencontre avec une « équipe funérailles ». Marc se souvient même d’une femme qui l’a recontacté quinze jours après les obsèques de sa mère pour demander le baptême de sa fille, avant de poursuivre : « Nous sommes persuadés que le défunt est dans les mains du Seigneur. Notre mission, c’est surtout d’aider les familles à avancer. »
De nombreuses personnes reprennent contact « souvent un mois ou un mois et demi après » après les obsèques, démunis face à l’absence et à la solitude. Les équipes poursuivent alors leur accompagnement ou orientent vers des paroisses, des prêtres ou d’autres personnes susceptibles de prendre le relais.
Des histoires toujours singulières
« Ce qui me touche, partage Marc, c’est la soif des personnes que je rencontre. Elles arrivent désemparées, parfois méfiantes, avec la peur d’être jugées. Et elles repartent souvent apaisées, parce qu’elles ont enfin pu déposer quelque chose. »
Mais, il lui arrive aussi d’être fortement interpellé dans sa foi. Marc se souvient des obsèques d’un petit garçon de trois ans, décédé accidentellement : « Dans ces moments-là, face à une mort tellement injuste, il n’y a pas de recette. On se laisse porter par l’Esprit Saint. »
D’autres fois, les équipes funérailles font face à la complexité des histoires familiales : des secrets de famille, des silences, des conflits anciens, des blessures jamais guéries. Cela peut aller jusqu’à ce que les tensions éclatent au grand jour. « Une fois, deux personnes se sont battues dans l’église avant le début de la célébration. J’ai dû les faire sortir. »
Parfois, il arrive même de rire face à des situations cocasses : « Lorsque la célébration a commencé, les proches appelaient le défunt par un autre prénom. Croyant m’être trompé, je suis allé en douce vérifier à la sacristie le prénom inscrit dans le dossier. En fait, son prénom d’usage était différent de son état civil mais personne ne me l’avait dit. J’ai mis les pieds dans le plat, ça a détendu tout le monde. »
Compagnon du devoir, membre de la famille des cirques Gruss, familles interconfessionnelles… les situations demandent parfois un peu d’adaptation pour les célébrants : « Un jour, je me suis retrouvé avec une assemblée à 80% musulmane venue rendre hommage à un voisin estimé. J’ai du complètement improviser mon homélie » se remémore-t-il en souriant. Avant de raconter une dernière anecdote qui témoigne de l’accueil inconditionnel de l’Eglise. Lors des funérailles d’un ancien patron de boite de nuit, l’Eglise était pleine à craquer de motards en blouson noir et la playlist était pour le moins inhabituelle : « A la fin de la cérémonie, je leur ai proposé de faire rugir leurs moteurs pendant que le cercueil quittait l’Eglise. Pour un dernier hommage ! Je crois qu’ils se sont sentis accueillis par l’Église comme ils étaient. » A l’image d’un Dieu qui aime sans condition.











