« Le cœur de cette vocation, c’est la fraternité ! »

Gabriel est engagé dans le célibat pour le Royaume

A 19 ans, j’ai vécu une expérience personnelle très forte de l’amour de Dieu pour moi dans le cadre d’un groupe de prière d’étudiants à Paris. Bien que déjà croyant, cet événement a vraiment bouleversé ma vie.

Pendant 2 ans, tout a été assez simple et clair. Etant très amoureux du Seigneur, très attaché à lui, j’ai senti le désir de lui consacrer ma vie d’une manière particulière.

Je ne pensais pas à la vie consacrée. Je me suis demandé si ça pouvait être le sacerdoce et bien que je n’eusse aucun désir d’être prêtre, j’ai participé à un week-end de découverte du sacerdoce à Paray-le-Monial. Je n’ai pas eu plus de désir après qu’avant.

A travers une lecture sur Pierre Goursat qui se définissait comme « un adorateur au cœur du monde », puis l’engagement définitif d’un frère dans le célibat pour le Royaume à Paray, la porte de la vie consacrée dans la communauté de l’Emmanuel s’est ouverte à moi.

« Être à lui pour toujours dès cette terre, dans un engagement sans retour, et pourtant d’une manière aussi simple qui ne se distingue en rien en apparence de la vie des autres. C’est vraiment un grand secret auquel il faut être fidèle, non seulement de corps avec toute la délicatesse de conscience exigée, mais de cœur. » Lettre de Pierre Goursat à Françou Morin.

Quand j’ai compris de quoi il s’agissait, je me suis tout de suite dit que c’était fait pour moi : être donné au Seigneur, témoin de son amour, tout en vivant au cœur de la société une vie ordinaire qui ne se distingue en rien de celle des autres, avec simplicité, me parlait très fortement.

A partir de ce moment-là, s’il y a bien eu des hauts et des bas, je n’ai pas vraiment douté de ma vocation.

J’étais attiré par cette vocation nouvelle que l’Eglise redécouvre et par son apparence ordinaire, sans signe distinctif. Une vocation qui me permettrait de rester en contact avec des non-croyants et de vivre avec eux une amitié désintéressée qui témoigne de la proximité de Dieu avec chacun.

Ce verset de Saint Paul, que j’ai choisi pour mon engagement définitif, m’accompagne depuis longtemps : « Ceux que, d’avance, il connaissait, il les a aussi destinés d’avance à être configurés à l’image de son Fils, pour que ce Fils soit le premier-né d’une multitude de frères. » (Rm 8, 29)

Pour moi, le cœur de cette vocation, c’est la fraternité : celle de Jésus, frère de tous, et celle que nous vivons, à son image, entre nous. Je suis bouleversé par cette proximité de Dieu qui s’est incarné au point de vivre notre condition humaine dans toutes ses dimensions, sauf le péché. Cette dimension de fraternité est essentielle à nos vies.

La vie consacrée, pour moi, est une vocation à travers laquelle Dieu nous modèle un cœur de plus en plus fraternel. Ce n’est pas inné, c’est avec la grâce de Dieu. Quand nous nous laissons faire, notre proximité avec les autres et notre affection fraternelle grandissent, et alors notre cœur s’ouvre à une fraternité universelle.

Si nous sommes tous appelés à en vivre, les consacrés ont sans doute la mission d’en témoigner de manière particulière, pour tous, dans et hors de l’Eglise.

Voilà pourquoi des figures comme celle de Jean Baptiste, « l’ami de l’époux », de Charles de Foucauld, le « frère universel », de Pierre Goursat, « adorateur dans le monde », ou de Madeleine Delbrêl, consacrée et travailleuse sociale, à qui l’on doit un texte fameux sur la sainteté des gens ordinaires (cf. ci-dessous), m’inspirent beaucoup. Ils témoignent d’une vie partagée avec les gens, dans une amitié et une fraternité désintéressée.

Je ne serai pas surpris que cette vocation se développe dans les années à venir. Pour aller à la rencontre de ceux qui ne viennent pas à l’Église, leur amener Jésus partout où ils sont.

La sainteté des gens ordinaires

« Il y a des gens que Dieu prend et met à part.

Il y en a d’autres qu’il laisse dans la masse, qu’il ne “retire pas du monde”.

Ce sont des gens qui font un travail ordinaire, qui ont un foyer ordinaire ou sont des célibataires ordinaires.

Des gens qui ont des maladies ordinaires, des deuils ordinaires.

Des gens qui ont une maison ordinaire, des vêtements ordinaires.

Ce sont les gens de la vie ordinaire.

Les gens que l’on rencontre dans n’importe quelle rue.

Ils aiment leur porte qui s’ouvre sur la rue, comme leurs frères invisibles au monde aiment la porte qui s’est refermée sur eux.

Nous autres, gens de la rue, croyons de toutes nos forces que cette rue, que ce monde où Dieu nous a mis est pour nous le lieu de notre sainteté.

Nous croyons que rien de nécessaire ne nous y manque, car si ce nécessaire nous manquait, Dieu nous l’aurait déjà donné. »

(Madeleine Delbrêl, La sainteté des gens ordinaires, t. VII, Œuvres complètes, Paris, Nouvelle Cité, 2009)

sur Facebook
par Whatsapp
par mail