Comment rejoindre les musulmans ? 3 questions à Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon

Cet article fait partie du dossier thématique :Musulmans, osons les rencontrer au nom de Jésus →

Comment vivre l’apostolat auprès des musulmans ? Mgr Rey évêque de Toulon a répondu aux question du magazine Il est vivant ! n°334 à partir de l’expérience de son diocèse.

Ilestvivant ! Vous évoquez l’idée d’une pastorale spécifique à l’égard du monde musulman en France, pourquoi ?

Vignette Mgr Rey IEV 334Mgr Rey On a trop souvent réduit la question des relations avec les personnes musulmanes à la dimension du dialogue. Je préfère quant à moi parler de pastorale qui embrasse tous les champs de la rencontre avec les musulmans. De même qu’on parle de la pastorale du monde rural, du monde ouvrier… L’objectif est de pouvoir conjuguer un certain nombre d’attitudes et d’apostolats très divers : dialogue de vie, dialogue spirituel ou théologique ; accueil du cheminement de personnes d’origine musulmane attirées par le christianisme qui se coupent de leur famille ; formation spécifique au dialogue et à l’évangélisation auprès des musulmans ; si beaucoup se trouvent ici en France, c’est aussi pour nous chrétiens, une responsabilité de leur annoncer l’évangile plutôt que de sombrer sous la peur de l’invasion. L’accueil de ces personnes une fois baptisées est aussi essentiel, afin qu’elles trouvent leur juste place dans l’Église. Il s’agit aussi de veiller à leur accompagnement comme néophytes et à leur intégration au sein de nos communautés chrétiennes. Par ailleurs, j’ai eu récemment la grâce d’ordonner un prêtre d’origine musulmane et j’accueille cette année au séminaire de La Castille un jeune issu d’une famille musulmane, qui s’est converti en Algérie. Nous nous trouvons devant une problématique nouvelle qui est l’émergence de vocations au sein de communautés musulmanes vivant en France et issues de l’immigration, et le possible ministère de prêtres se vouant à l’évangélisation du monde musulman dont ils proviennent.

IEV Comment rejoindre ces populations ?

D.R. En premier lieu, en franchissant de nouvelles portes, en créant des lieux de contact et des missions communes, en particulier dans le domaine humanitaire ou sur le terrain associatif du vivre ensemble. Si on ne crée pas ces relations, un durcissement va se produire : à force de se sentir rejetées ou marginalisées, ces personnes peuvent être tentées d’entrer dans des processus de radicalisation. Le relativisme hédoniste dans lequel nous nous trouvons fait le lit du fondamentalisme.

IEV Comment cela se passe-t-il concrètement dans le Var ?

D.R. Des portes existent déjà. Par exemple, à travers des actions de solidarité. Des musulmans sont investis dans une épicerie solidaire que nous avons créée dans les quartiers difficiles de l’aire toulonnaise. Au centre Jéricho, qui fournit de la nourriture aux personnes en difficulté, on compte parmi les animateurs une personne d’origine musulmane. Et bien d’autres exemples existent. Plus globalement, nous essayons de mettre en œuvre une pastorale à l’échelle du diocèse. Le fait que les catholiques, au contact avec des musulmans et qui se trouvent investis dans différents champs d’apostolat, puissent se rencontrer, partager leurs approches et mutualiser leurs efforts, nous permet d’entrer dans une vision commune plus cohérente et dynamique de la mission auprès des musulmans. S’engager dans une telle pastorale requiert de se former par une connaissance minimale du monde de l’islam (Coran, découverte des différents courants, approche historique) mais aussi par un approfondissement des fondements de la foi chrétienne. Pour aller vers l’autre, il est essentiel de savoir qui l’on est ! ¨

Propos recueillis par Laurence de Louvencourt

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