12 autrichiens sont venus en immersion à Bondy et aux Mureaux
Depuis 2022, l’Académie de Vienne pour le Dialogue et l’Evangélisation (Autriche) organise chaque année un voyage d’étude en France pour trouver des réponses à la fragmentation croissante de notre société. Ce voyage fait partie du programme académique « Pensée politique nouvelle » de l’Académie. Chaque année le groupe composé d’une douzaine de participants aux profils politiques, culturels, sociaux et religieux volontairement variés, cherche ensemble le bien commun au‑delà des clivages et s’inspire de politiques publiques et d’actions de terrain en France.
Le cœur de ce voyage d’étude est un « plongeon » dans le projet du Rocher. Le 5 février dernier, un groupe s’est rendu au Rocher des Mureaux, dans les Yvelines, et l’autre au Rocher de Bondy, en Seine Saint-Denis.
Au programme, rencontre des équipes du Rocher sur différentes thématiques – organisation et vie de l’équipe, formation des bénévoles, niveau des cours de français, port du voile… – café des femmes, café de rue, ateliers de français et visite à domicile, avant un échange avec l’adjoint au maire des Mureaux sur les questions d’intégration.
« Peu importe qui tu es ! »
Les participants venus d’Autriche témoignent : Pour Elisabeth, inquiète de ne pas parler français, « c’était un choc positif d’aller à ce café des femmes. Elles ont été chaleureuses et gentilles et voulaient absolument nous nourrir. On sentait qu’elles voulaient prendre soin de nous, et en général les unes des autres. » Rachel partage que « c’était une expérience merveilleuse malgré la barrière de la langue. Les femmes partagent volontiers leur nourriture et leurs vies, peu importe qui tu es. »
Pour Shoana, le café des femmes était très intéressant et moins stéréotypé que le cours de français où les hommes avaient le même niveau que les femmes alors qu’ils étaient arrivés bien plus récemment qu’elles. Elle a été interpellée par les différences culturelles : « 5 femmes étaient mariées avec des enfants, dont deux pas plus âgées que moi. J’ai aussi été marqué par leurs réactions quand je leur ai dit que je vivais en colocation avec deux hommes. Comme j’avais l’impression qu’elles étaient complètement intégrées, je pensais que cela leur paraitrait normal. » Shoana a pris conscience que changer sa manière de vivre qui est définie par sa propre culture est un véritable défi surtout lorsqu’on est marié, et qu’il est difficile de renoncer à ses croyances.
Elle ajoute : « C’était beau de voir qu’au café des femmes, elles ont l’opportunité de rêver et qu’elles trouvent de la force dans la communauté. »
« J’ai été touché par leur tendresse »
De son côté, Marlis a été étonné que tout le monde ne connaisse pas Le Rocher. « Nous avons pu facilement converser à propos de nos différences. J’ai beaucoup aimé le partage au déjeuner, car les gens étaient très ouverts même s’ils avaient du mal à me comprendre. C’était agréable de voir que les gens étaient en paix, que nous n’avions pas besoin de parler. » Et Marlis d’ajouter : « Pendant l’atelier de français, nous avons eu une grande discussion sur le nombre de femmes que l’on peut avoir en France. Je me suis rendu compte des différences culturelles mais j’ai remarqué que les femmes avaient des convictions fortes et féministes disant qu’un mari ne peut ni battre sa femme ni avoir une deuxième femme. » Et de conclure : « J’ai été touché par leur tendresse. »
Christophe a apprécié la simplicité du café de rue : « Beaucoup de sucre et juste une table ! » Puis, il est parti en visite à domicile avec Christian, aveugle, pour acheter quelques bières et passer à la pharmacie : « J’ai été touché par le temps que l’équipe du Rocher lui consacre ainsi que par la pauvreté de son logement. J’ai ensuite aimé le débriefing avec l’équipe où chacun parle des rencontres qu’il a faites. Beaucoup de simplicité et d’attention donnée à chacun. »
A Bondy, le programme de la journée était semblable. Lors d’un tour de quartier, les participants de ce voyage d’étude ont rencontré l’un des candidats aux élections municipales, étonné de voir des gens si différents qui réfléchissent ensemble.
Markus était très ému et profondément touché par ce qui se vit au Rocher : « J’ai travaillé pour le gouvernement en Autriche et ensuite dans le privé sur des sujets difficiles. Quand on est plongé dans les actions sombres des hommes, on devient sombre soi-même. A travers cette journée au Rocher, c’est comme si je commençais à retrouver foi en l’humanité. » Il a également été marqué par leur volonté partagée des volontaires et des habitants d’enseigner et d’apprendre le français.
Johannes retient « la valeur que les volontaires donnent aux habitants en étant présents à Bondy. C’est vrai, c’est authentique. Le projet du Rocher est simple et m’inspire ce que nous pourrions faire chez nous. La question pour moi est la suivante : combien de mon temps suis-je prêt à donner ? »
Un autre participant retient la force des liens personnels et des liens d’amour qui sont tissés. Pepe confirme : « Les relations tissées ici sont bien plus puissantes que les mots que l’on pourrait dire ! »











