A Paray, le parcours Judaïsme, un lieu rare d’amitié et d’espérance
Du 10 au 15 juillet 2026, pendant la session 25-35 ans+, le parcours Judaïsme de Paray-le-Monial fêtera ses dix ans. Dix années d’une aventure spirituelle et humaine singulière, née presque discrètement, devenue aujourd’hui l’un des lieux majeurs du dialogue entre jeunes juifs et jeunes chrétiens en France. Plus qu’un programme de conférences, le parcours est devenu un lieu rare où se tissent et s’approfondissent des amitiés véritables, où « Terre et Ciel se rejoignent. »
L’inscription au Parcours Judaïsme (qui comprend l’inscription au repas du Shabbat) se fait lors de l’inscription à la session 25-35 +, qui a lieu du 10 au 15 juillet 2026 à Paray-le-Monial.
Tout a commencé par trois rencontres, organisées dans l’Ouest de la France par deux laïcs, Thierry Colombié et Danielle Guerrier, sur un principe simple : permettre à des jeunes juifs et chrétiens de vivre ensemble quelques jours, de se rencontrer réellement, loin des cadres institutionnels ou académiques. Le succès est immédiat.
Soutenus par plusieurs évêques, ils cherchent alors un lieu capable d’accueillir ces rencontres à plus grande échelle. Paray-le-Monial et la Communauté de l’Emmanuel ouvrent leurs portes : « Le gouvernement de la Communauté a immédiatement soutenu le projet », se souvient le père Jean‑Baptiste Nadler, qui accompagne le parcours depuis ses débuts. « Ils ont compris sa dimension prophétique — le mot n’est pas trop fort. »
Le parcours Judaïsme au cœur de la session 25-25
Dès l’origine, le parcours Judaïsme sera intégré au cœur de la session pour les 25‑35 ans : « Pas en marge, pas “à côté”, mais pleinement inséré dans la vie de la session » souligne le père Jean-Baptiste.
La première édition, en 2016, marque les esprits. Année jubilaire de la Miséricorde, elle s’ouvre par une conférence conjointe du cardinal Philippe Barbarin et du Grand Rabbin de France Haïm Korsia, intitulée Le nom de Dieu est miséricorde, devant plus de 2000 participants : « Deux grandes personnalités intellectuelles et spirituelles, entre lesquelles on percevait une véritable amitié, presqu’une connivence », se rappelle le père Nadler.
Une expérience transformante
La première fois que Sandra Yerushalmi participe au parcours Judaïsme, en 2018, c’est presque par hasard. Elle remplace une amie empêchée. « J’ai dit oui sur le principe, parce que j’étais déjà engagée, d’un peu loin, dans des initiatives d’amitié judéo-chrétienne », raconte-t-elle. Ce qu’elle découvre dépasse largement ses attentes : « Ce qui m’a frappée, c’est la qualité du programme. Ce n’était pas une approche folklorique ou édulcorée : c’était un vrai séminaire sur le judaïsme, posant des questions pertinentes pour les Juifs eux-mêmes : sur l’identité, la manière d’être juif aujourd’hui, la complexité des traditions. »
Rapidement, Sandra comprend qu’il ne s’agit pas d’un colloque universitaire mais d’une expérience de rencontre qui transforme : « Même en arrivant tardivement, j’avais l’impression d’entrer dans quelque chose de vivant, déjà construit. Ce n’était pas abstrait, c’était incarné. »
Parmi les images qui l’ont durablement marquée, il y a ces panneaux visibles sur le site : « Jésus était juif. Qu’est-ce que cela change pour vous ? » Une évidence, en apparence. Et pourtant, pour Sandra, la phrase n’est pas neutre. « Pour nous, Juifs, c’est un fait historique… mais dont on ne parle pas. Il y a un tabou. Parce qu’après Jésus, le christianisme a aussi été une source de souffrances immenses pour notre peuple. Rappeler ce lien, c’est parfois raviver une douleur. »
Mais à Paray, la phrase devient une porte d’entrée. « Je me suis dit : au moins, si on est d’accord sur les bases, alors on peut commencer à parler. »
Magali Delannoy, elle, est catholique et membre de l’Emmanuel : elle rejoint l’équipe du Parcours Judaïsme en 2019 en raison d’un lien très fort avec le monde juif : « D’abord, comme catholique, je crois que j’ai toujours vécu sans la connaitre au départ la phrase du pape Jean-Paul II à la Synagogue de Rome en 1986 : « La religion juive ne nous est pas extrinsèque, mais d’une certaine manière, elle est intrinsèque à notre religion. » Rejoindre le parcours, c’était comme un lien retrouvé avec les Juifs. Ensuite, je fais l’expérience à travers les rencontres personnelles et amicales de la rencontre avec un Peuple dans lequel je trouve un surplus d’humanité et une liberté constante de renouvellement. Enfin, depuis mes études et un séjour en Israël de plusieurs mois dans un laboratoire de recherches, je suis très attachée à ce pays que j’ai découvert si vivant, si divers et si inclusif en termes de religions. »
« Un peuple, une Torah, une terre »
Bien avant le 7 octobre 2023, l’équipe du parcours a fait le choix d’aborder un sujet sensible : la terre d’Israël. Pas seulement l’État d’Israël, mais la terre comme réalité biblique et théologique. « Dans le judaïsme, on parle d’un peuple, d’une Torah et d’une terre », rappelle le père Nadler. « La terre fait partie des promesses faites à Abraham. »
Aborder cette question, c’est accepter la complexité du dialogue juif‑chrétien et prendre conscience, souligne Magali avec émotion, que « ce qui arrive aux Juifs nous concerne directement. » Et de citer Jacques Maritain : « Lorsque l’antisémitisme se déchaîne, les chrétiens peuvent temporairement se croire à l’abri, mais qu’ils le sachent, lorsqu’on persécute les Juifs, le christianisme est menacé dans sa chair. »
Magali insiste : « Si nous ne nous sentons pas concernés, alors nous sommes à côté de l’Alliance. »
Le parcours ne se veut ni militant ni naïf : il fait appel à des universitaires, des historiens, des témoins, pour permettre une parole rigoureuse et respectueuse.
Une expérience transformante
Si des jeunes juifs acceptent aujourd’hui de passer cinq jours à Paray-le-Monial, dans un grand rassemblement catholique, c’est parce que « leurs amis juifs de l’équipe leur disent : ici, tu pourras vivre la vie juive, le shabbat, et en même temps tu seras dans un contexte d’amitié qui te respecte et t’accueille » se réjouit le père Nadler.
A Paray, Sandra découvre une démarche qu’elle connaissait mal : celle de chrétiens désireux de comprendre le judaïsme comme racine vivante de leur foi, sans l’idéaliser ni le figer dans le passé. « Le judaïsme de l’époque de Jésus n’est pas celui d’aujourd’hui. Et le parcours s’attache justement à montrer cette continuité et cette diversité. »
Ephraïm Kahn, participant régulier depuis 2022, s’est laissé toucher par la priorité mise sur la rencontre : « Ce n’est pas de l’interreligieux au sens classique. C’est une remontée aux origines : le judaïsme et le christianisme comme branches d’un même arbre » et donc une invitation à se découvrir frères. Le pape Benoît XVI qualifiait d’ailleurs les Juifs de « frères aînés dans la foi ».
Un moment reste gravé dans la mémoire de Sandra : la veillée mariale en 2018, au cours de laquelle elle est invitée à témoigner sur son rapport à l’étude en tant que femme juive et sur Marie, mère juive de Jésus. Accueillie sur scène par le prêtre qui la bénit en invoquant le Dieu d’Israël, elle est profondément touchée. Puis la chorale entonne le Shema Israël, profession de foi centrale du judaïsme. « Entendre une chorale catholique chanter le Shema… c’était un “waouh”. Qu’est-ce qui se passe ? »
Ce soir-là, quelque chose se dit et se vit au-delà des mots. « Je me suis dit : il y a des gens qui veulent écouter, comprendre, et ça se passe bien. Ça a été un énorme soulagement, quelque chose de très régénérateur. »
Paray : un lieu de respiration dans un contexte troublé
Être reconnu aujourd’hui dans l’espace public comme juif a un coût. « Aujourd’hui, on reproche à tout Juif, partout dans le monde, d’être un soutien total de la politique du gouvernement israélien actuel. C’est absurde, mais c’est une accusation réelle et très répandue », constate le père Nadler.
Sandra confirme une impuissance face aux amalgames constants entre Juifs de France et politique israélienne, la violence symbolique d’un mot devenu insultant — « sioniste » assimilé à « génocidaire » — et la peur très concrète du quotidien. « Des gens retirent leur mezouza de leur porte pour ne pas être identifiés. Oui, les mots “peur” et “insécurité” sont justes. »
Dans ce contexte, cette « bulle » de Paray-le-Monial prend une dimension particulière. Après le 7 octobre 2023, l’édition 2024 a été marquée par une intensité nouvelle. « Nous avons reçu beaucoup de témoignages de soutien. Des gens nous disaient : “Si vous avez besoin, on est là.” On ne s’y attendait pas » s’émeut encore Sandra. Richard Prasquier, ancien président du CRIF, a même témoigné publiquement de l’espérance retrouvée à Paray.
Même son de cloche chez Ephraïm qui n’a pas vu la fraternité s’effriter, au contraire : « Ça a fait remonter encore plus de belles choses. Le repas de shabbat cette année-là était très fort : on chantait, on dansait, presque pour contrebalancer ce qui se passait ailleurs. »
Le Shabbat, cœur battant du parcours
Le Shabbat est en effet le cœur du parcours. « Cela faisait peut-être mille ans que Juifs et Chrétiens n’avaient pas vécu un shabbat ensemble » sourit Magali Delannoy, « ce n’est vraiment pas rien. » A tel point que Magali a reçu cette confidence d’Ariel Danan, Juif et également membre de l’équipe du Parcours : « Nous avons vécu une étincelle du monde à venir dont parlent les sages. » Magali confirme : « Le shabbat partagé est un temps où « le ciel et la terre se rejoignent ».
Et maintenant ?
Signe de la maturité du parcours, : l’édition 2026 prévoit un atelier sur les fondamentaux de la foi chrétienne — à la demande des jeunes Juifs eux‑mêmes. Une première ! Intrigués par ce qu’ils voient à Paray, ils souhaitent comprendre cette foi qui anime les chrétiens qu’ils côtoient.
« C’est un signe immense », souligne le père Nadler. « Un pas très profond dans l’ancrage de l’amitié. » Ephraïm partage d’ailleurs que revenir chaque année est devenu une évidence. « C’est comme une hygiène de vie. On revient revoir les amis. »
Dix ans après la première édition, si l’horizon ultime est théologique – « la rencontre profonde entre Israël et les nations, telle que l’Église la contemple dans l’épître aux Romains » explique le père Jean-Baptiste – il reste néanmoins humble : poursuivre une rencontre tous les deux ans à Paray‑le‑Monial, développer des week‑ends Juifs‑Chrétiens en région et des groupes de dialogue à Paris, et peut‑être un jour un voyage commun en Israël.
Avec un seul objectif : « que d’autres puissent entrer dans cette conversation » selon les mots de Sandra, pour que perdure ce signe discret mais puissant qu’une co-existence est possible et qu’une espérance demeure.
L’inscription au Parcours Judaïsme (qui comprend l’inscription au repas du Shabbat) se fait lors de l’inscription à la session 25-35 +, qui a lieu du 10 au 15 juillet 2026 à Paray-le-Monial.











