« Mettre une étincelle d’amour dans chaque coin du monde » Petite sœur Magdeleine

Cet article fait partie du dossier thématique :Charles de Foucauld, frère de tous →

Son père lui fait connaître Charles de Foucauld en qui elle reconnaît son appel profond. Dans son sillage, et loin de se décourager face aux nombreuses épreuves qui jalonnent son enfance et sa jeunesse, Magdeleine choisit la fraternité universelle.

Par PETITE SOEUR PATRICIA GUYLAINE

« Dieu m’a prise par la main et, aveuglément, j’ai suivi, dans l’obscurité apparente la plus totale et l’absence la plus déconcertante de moyens humains, mais dans une confiance illimitée dans la toute-puissance de Jésus, Maître de l’impossible ! » ainsi s’exprimait Magdeleine qui a engagé toute sa liberté pour faire confiance en celui qui peut tout. « En ce moment, je suis quelque part, sur la route, nomade à fond ou plutôt pèlerin du Bon Dieu, partout essayant de prêcher l’amour. »

Une enfance éprouvée

Dieu se sert de tout pour éclairer la route y compris les blessures, la fragilité, l’échec dont on ne réalise pas de suite la portée, ainsi pour Magdeleine Hutin née à Paris le 26 avril 1898. Elle est de santé fragile : « J’ai connu les longues nuits d’insomnie et les rudes heures de fièvre, les interminables journées au lit, j’ai connu les longues périodes d’angoisse où l’on doute de tout. »

“Elle a pris conscience de tout ce qu’il y avait d’incompréhensions entre les classes sociales, de haines entre les nations, de mépris entre les races” dans le village de Seuzey, tout proche de la frontière allemande où est la maison familiale des Hutin. Elle va connaître la pauvreté car son papa médecin va perdre la santé et sa situation en voulant sauver un enfant. Elle est accueillie gratuitement pour sa scolarité mais réalise vite ce qu’est être pauvre parmi les riches. La tension est vive entre l’Église et de l’État, les écoles sont fermées et Magdeleine se retrouve séparée de sa famille par une frontière. La première guerre mondiale éclate, sa grand-mère est massacrée, ses deux frères tués, sa maison de famille incendiée, sa sœur meurt de la grippe espagnole. Elle-même est atteinte d’une pleurésie tuberculeuse. Aucune communauté religieuse ne veut l’accueillir, elle qui depuis toute petite avait le désir de donner sa vie à Dieu.

Elle aurait pu s’enfermer dans son malheur, désespérer de Dieu. À la mort de sa sœur, elle dit oui à la vie, choisit d’aimer, de ne pas s’appesantir sur les difficultés, de garder un regard positif sur le monde. Là où tout semble perdu, Dieu, maître de l’impossible, vient la prendre par la main. « Les heures désespérées sont les heures du bon Dieu » confiera-t-elle.

« Ce qui était folie aux yeux des hommes »

Son papa lui a fait découvrir Charles de Foucauld. Elle a trouvé en lui tout l’idéal dont elle rêvait : « L’Évangile vécu, la pauvreté totale, l’enfouissement au milieu des populations abandonnées et surtout l’amour dans toute sa plénitude : Jésus Caritas, Jésus Amour. » Alors qu’elle est atteinte d’une grave arthrite déformante, son médecin lui conseille de partir au Sahara. « Toute la fondation repose sur cette parole prophétique qui éclaire le mystère de cette longue et douloureuse attente. Il fallait détruire avant de construire et faire de l’instrument humain un instrument de faiblesse et de misère afin, qu’à travers lui, Dieu puisse plus librement agir » C’était le signe attendu par son père spirituel : « Partez vite, n’attendez plus. Partez sans vous demander ce que vous allez faire. Prenez un bateau à Marseille et débarquez à Alger. Là vous trouverez certainement un prêtre qui vous demandera de l’aider. Vous le suivrez. Mais ce ne sera pas encore le terme. Le Bon Dieu vous prendra par la main et vous le laisserez faire, lui obéissant aveuglément sans l’ombre de résistance… »
Désormais elle va se laisser faire. Le 6 octobre 1936, elle débarque à Alger avec sa maman et une amie. « Que de sourires ironiques, de paroles acerbes, de murmures autour de ce fol embarquement : une vieille dame qui ne semblait avoir qu’un souffle de vie, une jeune fille malade et moi, avec l’épaule ankylosée, le bras en écharpe et souffrant tellement que je n’étais pas capable de porter le plus petit sac à main… mais le Seigneur se soucie fort peu de la raison humaine et de la qualité des instruments qu’il choisit… Ce qui était folie aux yeux des hommes était devenu Sagesse divine… »

Au cœur de sa nuit, une expérience transformante

Un prêtre les accueille, elles s’installent à Boghari, en plein quartier arabe. Les activités se multiplient. Au cœur de cette vie bousculée, alors qu’elle traverse une période d’obscurité, de tentations, elle va connaître une expérience de Dieu qui va la transformer profondément. Elle reçoit le Tout Petit Jésus qui “s’incorpore” en elle. Comme frère Charles, elle rencontre le Dieu de tendresse et de miséricorde. « Et depuis, le Petit Jésus est devenu mon compagnon de toujours, celui avec qui je vis, celui avec qui je parle constamment, vivant avec lui dans la plus grande intimité-mon Ami mon petit frère-mon Dieu. » L’enfance spirituelle deviendra la “marque de fabrique” de la Fraternité. « Le Tout-Petit de Bethléem lui a donné sa note de faiblesse et d’abandon mais aussi de douceur et de joie. Il est devenu pour nous le modèle de l’enfance spirituelle… d’une enfance qui ne détruit pas la personnalité mais doit allier la grandeur d’âme à la petitesse et la maturité spirituelle à la jeunesse du cœur. » Quelques années plus tard, c’est l’Innocent cloué au bois que contemple Petite Sœur Magdeleine en revivant les souffrances de la Passion. « Là il n’y a plus que l’Amour. »

Fidèle dans les toutes petites choses

Comme Paul, elle va se faire faible avec les faibles, se faire « tout à tous », mêlée à tous comme le levain dans la pâte. Elle qui avait connu la pauvreté va partager la vie des appauvris, les premiers amis de Jésus de Nazareth. Elle va vers eux non pour les convertir mais pour les aimer, leur être proche par une vie toute simple, gratuitement. « Se faire l’un d’eux, c’est s’enrichir à leur contact en se dépouillant de l’illusion d’avoir à donner quelque chose. » À la suite de Charles de Foucauld, elle veut « crier l’Évangile par toute sa vie ».
Profondément marquée par le mystère de l’Incarnation, en obéissance filiale envers l’Église, elle se veut petite, abordable et ouverte, vivant intensément le moment présent. Dieu a fait d’elle « son petit instrument ». Elle aussi « a perdu son cœur pour ce Jésus de Nazareth. Elle partage avec ses voisins non seulement le travail quotidien mais aussi ses rêves, ses espoirs. Elle « fonde la fraternité avec eux » et va même partager avec l’un ou l’autre de ses amis musulmans le passage des Constitutions qu’elle est en train de rédiger !

Une femme très humaine qui donne de la valeur autant aux petites qu’aux grandes rencontres. « L’amour se mesure à la fidélité dans les toutes petites choses. »

Mettre partout une étincelle d’amour

Jésus a pris toute la place dans le cœur de frère Charles, il va devenir la grande passion de la vie de Magdeleine. En frère Charles, elle a trouvé une personne amoureuse de Jésus, tendue à l’adorer présent dans l’Évangile et l’Eucharistie. Ce seront aussi les piliers de sa foi et sa nourriture quotidienne. Cette vie d’intimité avec Dieu va façonner en elle un regard nouveau.
Elle va rédiger Le Bulletin Vert, texte révolutionnaire où elle ouvre un nouveau chemin de contemplation pensé non en termes de séparation et de retrait du monde mais en termes de relations fraternelles et de partage de vie. En 1946, une intuition la saisit, la Fraternité doit s’étendre au monde entier. Elle va parcourir les routes du monde, laisser des Petites Sœurs là où la haine s’est installée, là où des minorités sont rejetées, là où des pauvres souffrent. Rien ne la décourage ! « À cause de Jésus et de son Évangile, aimer et faire aimer. » « Je voudrais mettre une étincelle d’amour dans chaque coin du monde. »

La passion de l’unité

Depuis son enfance, Petite Sœur Magdeleine savait jusqu’où peut conduire la haine entre les nations et cette souffrance a creusé en elle un immense désir d’unité : « Je voudrais que chacune ait la passion de l’unité comme un artiste a la passion de la beauté et un penseur de la vérité. » Son empressement à chercher les frontières et, à l’occasion, les vaincre, est comme un fil rouge qui traverse sa vie. L’existence de frère Charles peut être résumée par ces mots : « Il n’est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis »… ainsi pour Petite Sœur Magdeleine.

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Le magazine Il est vivant a publié le numéro spécial :

IEV n°355 - Charles de Foucauld et Pauline Jaricot - L'Évangile en actes Se procurer le numéro →

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