Jésus et Marie : « Leurs Cœurs sont étroitement unis »

Saint Jean Eudes nous fait entrer plus profondément dans le mystère de l’union des Cœurs de Jésus et de Marie. L’auteur, prêtre eudiste colombien, nous livre ici son éclairage.

Par le Père ÓSCAR ANDRÉS RODRÍGUEZ TIQUE, CJM

Cet article est paru dans la revue Il est vivant! n°361

Pour saint Jean Eudes, le Sacré Cœur de Jésus est étroitement uni au Cœur de sa Mère, ainsi « qui voit Jésus voit Marie et qui aime Jésus aime Marie »1. Non seulement cette union nous fait penser au mystère de l’incarnation du Fils de Dieu, mais elle nous invite également à placer Marie sur un plan christocentrique ou comme le dirait le père Eudes lui-même : « Marie n’est rien, n’a rien, ne peut rien si ce n’est en Jésus et par lui. C’est Jésus qui est tout, qui peut tout et qui fait tout en elle. Non seulement Jésus vit et demeure dans le Cœur de Marie, mais il est lui-même le Cœur de son Cœur »2.

Ainsi, il faut parler de ces cœurs à partir d’une même réalité. Ce que nous propose fondamentalement cette théologie “eudienne” du Cœur de Jésus et de Marie, c’est la possibilité pour l’humanité de diviniser son existence. C’est-à-dire que l’union du Cœur de Jésus et de Marie nous montre, d’une part, que Dieu est profondément humain, et d’autre part, qu’il fait à l’homme le cadeau d’une union inséparable de l’amour divin. En d’autres termes, cette union préfigure la possibilité d’exister et d’être dans le monde non pas en devenant semblables à Jésus, mais en étant lui-même. On peut dire en conséquence que le Cœur de Marie s’appelle Jésus.

Personnellement, je crois que cette union des deux Cœurs nous permet d’assumer une image d’un Dieu beaucoup plus proche. Il n’est plus un Dieu qui se trouve à l’extérieur, mais qui agit de l’intérieur de l’homme, du cœur de celui-ci. Ainsi, le sens de cette union n’est rien d’autre que l’engagement de Dieu envers l’être humain, sa décision de l’habiter, son désir de l’aimer jusqu’à l’extrême et, bien sûr, son intention de le transformer. Il faut donc dire que ce Cœur nous unit si étroitement à une réalité divine qu’il fait de nous d’autres christs dans le monde, appelés à continuer et compléter la vie de Jésus.

En ce sens, il est intéressant de remarquer que le Cœur de Marie est un cœur humain qui a laissé advenir Dieu. Marie et son cœur sont la terre propice pour que le Sauveur fertilise l’humanité par son amour. Cette terre fertile a de plus été le point de départ du corps mystique de Jésus Christ, car c’est de Marie que le Sauveur a pris ce dont il avait besoin pour se nourrir. La terre s’est ouverte et a accueilli le Sauveur du monde, « Que la terre s’ouvre, produise le salut » (Isaïe 45, 8)3.

Le Cœur de Marie me fait réaliser que mon existence concrète est faite pour être remplie de l’amour et de la miséricorde de Dieu.

Puisque le cœur est le signe de la vie et de l’amour, cela m’invite à être certain que toute ma vie appartient à Dieu et que ce n’est qu’en Lui et avec Lui que je peux être pleinement heureux.

Un brasier ardent d’amour

Dans mon pays, la Colombie, la dévotion au Cœur de Jésus et au Cœur de Marie demeure importante, à tel point que toute la Colombie est consacrée au Sacré Cœur de Jésus. Il y a encore quelque temps, on trouvait des images du Sacré Cœur dans tous les foyers colombiens.

Aujourd’hui, ce n’est plus trop le cas et les jeunes générations ignorent pour beaucoup cette dévotion. Néanmoins, l’un des fruits de cet héritage des Cœurs de Jésus et de Marie qui nous a été transmis, à nous Colombiens, en tant que société chrétienne, c’est celui de nous sentir frères, non seulement autour d’une dévotion particulière mais dans le besoin de prier qui nous fait tant de bien et qui par conséquent nous unit. En effet, le Sacré Cœur de Jésus nous a enseigné cette union priante, en son Cœur, nous avons appris à intercéder et supplier ensemble pour un pays frappé par la violence et les inégalités.

En tant que prêtre eudiste en Colombie, je vis cette vérité spirituelle comme un amour profond, infini et surtout très humain. C’est la possibilité qu’a toute personne de découvrir le Dieu qui se fait proche, ce Dieu qui partage notre réalité humaine, ce Dieu qui porte ce qui nous afflige et se réjouit de ce qui nous rend heureux. Le Cœur de Jésus et de Marie se révèle être pour nous, comme le décrit saint Jean Eudes, un brasier ardent d’amour, capable d’embraser tout ce qu’il illumine sur son passage.

En conclusion, je voudrais vous inviter à vous laisser aimer par ce Cœur très aimant et à connaître un peu plus la théologie “eudienne” de ce Cœur, brasier ardent d’amour pour tous. Une union divine qui veut faire des êtres humains d’autres Christs sur la terre. ¨

  1. Saint Jean Eudes, Prêtre, VIDA Y REINO DE JESÚS EN LAS ALMAS CRISTIANAS. 3, 11; 6, 36: Œuvres Complètes 1, 337-339. 487-48S.
  2. Saint Jean Eudes, Prêtre, SOBRE EL ADMIRABLE CORAZÓN DE JESÚS. 2, 4-5: Œuvres Complètes 6, 148. 182 ; 8, 431.
  3. Saint Jean Eudes, Prêtre : Œuvres Complètes 4, 14.

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