Le souffle de l’Espérance

Y aurait-il transmission s’il n’y avait espérance ? D’un point de vue tout à fait naturel, notre métier d’enseignant et d’éducateur prend sa source profonde dans notre confiance en l’avenir. A l’inverse, la perte de la transmission s’enracine dans la culture de mort. Or, en tant que chrétien, nous avons une relation toute particulière à l’espérance qui nous est donnée par notre foi en la résurrection du Christ. Il y a même un enseignement spécifique concernant l’espérance concrète, au jour le jour, dans notre vie quotidienne, qui nous est donné dans la résurrection de Lazare.

Les trois dons de Dieu

Le Créateur de l’Homme connaît le cœur de ses créatures. Il n’est pas indifférent à ce que nous vivons. Attentif aux difficultés de notre vie présente, il nous fait trois dons essentiels : la foi, l’espérance et la charité. Ce sont des dons gratuits. Ils proviennent de Celui qui est la source de la Vie, de la Lumière et de l’Amour. Aujourd’hui, ils apparaissent comme absolument vitaux pour l’humanité.
Le premier d’entre eux est la foi. C’est la porte pour recevoir les autres. La foi apparaît d’abord comme une force de contestation exceptionnelle par rapport à la culture de notre époque. Il en a été ainsi en tous les temps, depuis Abraham. Les hommes et les femmes de foi émergent de leur temps par la puissance de leur témoignage souvent poussé jusqu’au martyr. C’est que la foi est la vraie liberté de l’intelligence. La foi transporte les montagnes. Elle est le sel de la terre : ni le poivre de l’intégrisme ni le sucre des compromissions, mais simplement le sel avec la force tranquille qui émane de la certitude que Dieu nous aime.
Le plus élevé de ces trois dons que sont la foi, l’espérance et la charité, c’est la charité. Parce qu’elle ne passera pas. La charité, c’est le premier commandement donné aux Israélites : « Shma Israël … écoute Israël, le Seigneur est notre Dieu, le seul Dieu. Tu aimeras le Seigneur Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force « . Dans notre société post-chrétienne, un certain nombre de mots sont piégés parce qu’ils sont devenus ce qu’on pourrait appeler des mots ex-chrétiens. Ainsi, le mot de charité comporte une vague idée de douceur et d’amour, peut-être même d’amour inefficace parce que trop doux. Mais relisons ce verset 5 du Deutéronome chapitre 6 : il est bien question d’aimer Dieu de toute sa force. Et relisons l’histoire du peuple hébreu et l’histoire de l’Eglise : c’est vraiment une force exceptionnelle qui se dégage des ces pages d’épopée des individus et des peuples. Cette force qui renaît toujours quels que soient les risques du martyre, c’est celle-la même qui traverse la foi et qui culmine dans la charité après être passée dans l’espérance. Or, il semble que ce soit l’espérance qui manifeste le mieux l’Esprit de Dieu en tant que force.
La vertu de force qui est dans l’espérance en Dieu n’a rien à voir avec la brutalité des instincts. Elle est à cent lieues des muscles et des armes de Schwarzenegger, à cent lieues des stratèges de la politique, à cent lieues des sécurités illusoires de la force atomique de dissuasion, à cent lieues des hurlements frénétiques du hard rock, à cent lieues du vagabondage puéril des manifestations de rue, à cent lieues de ce que l’homme du XXIe siècle croit naïvement être sa force. Elle est un don du Dieu de la vie, un don du Créateur de l’Homme. Un don lié au mystère de la foi et qui nous fait entrer dans le mystère de la charité.
Nous allons tenter de mieux sentir ce que représente l’espérance, non pas à partir d’une analyse abstraite, mais à partir d’une histoire qui s’est réellement passée, parce que c’est d’une espérance concrète que nous avons besoin. Et Dieu aime parler concrètement.

La résurrection de Lazare

C’est l’histoire de cet ami de Jésus qui s’appelait Lazare et qui était le frère de Marthe et de Marie. C’étaient des amis très chers de Jésus et il aimait bien séjourner chez eux. Or, Jésus était à plusieurs jours de marche de Béthanie, le village de Lazare, quand celui-ci tomba gravement malade, si bien qu’on envoya des gens lui dire : « Seigneur, celui que tu aimes est malade « . Ils étaient terriblement inquiets, et pourtant Jésus demeura deux jours encore au lieu où il se trouvait, avant de se lever et partir pour Béthanie. Jésus, qui savait tout, déclara d’ailleurs à ses apôtres que Lazare était déjà mort. Quand il arriva, il était décédé depuis déjà quatre jours ! Marthe et Marie pouvaient n’y rien comprendre : pourquoi le Maître n’était-il pas accouru le plus vite possible pour sauver leur frère ? Et Marthe le dit d’ailleurs tout de suite à Jésus, dès qu’il fut arrivé : « Si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort « .
Jésus a donc éprouvé volontairement ses amis. Il va maintenant agir de telle sorte que leurs épreuves prennent un sens : il va faire naître en eux l’espérance. Dans son épreuve, Marthe avait eu une parole pour montrer que la mort de son frère n’avait pas tué en elle la foi en son Dieu : « Maintenant encore, dit-elle, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera ». Jésus lui dit que son frère ressuscitera, et elle répondit qu’elle savait bien qu’il ressusciterait au dernier jour. Jésus, partant de cette foi qui était déjà en elle, la raviva encore en lui disant : « Je suis la Résurrection, crois-tu cela ? » Marthe avait donc déjà une certaine foi et une certaine espérance, mais uniquement en ce qui concerne les derniers jours, et non pas encore pour le temps présent. Elle le montra encore quand, allant au tombeau, Jésus demanda qu’on ouvre celui-ci. Marthe commença par objecter : « Seigneur, il sent déjà, c’est le quatrième jour ». Alors, Jésus lui demanda non plus un acte de foi eschatologique, mais un acte de foi pour aujourd’hui. Elle accepta d’enlever la pierre.
Que s’est-il passé dans le cœur de Marthe et Marie, et dans le cœur des Juifs qui étaient nombreux avec elles, quand Jésus a crié d’une voix forte : « Lazare, sort du tombeau !  » Quel frémissement ! Quelle émotion ! Quelle crainte mêlée d’espérance ! Et puis Lazare est apparu, les pieds et les mains liés de bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire, de sorte que ce n’est absolument pas par ses propres forces qu’il avait pu se déplacer. Et comme personne n’osait s’approcher pour vérifier par le toucher ce qui apparaissait à leurs regards, Jésus dut leur dire : « Déliez-le « . Et c’est alors, en enlevant le suaire du visage d’une main tremblante, que naît une espérance concrète et forte, vraiment pour l’instant présent, pour cette minute où le visage va apparaître, et où Marthe sait avec une certitude qui remplit tout son être, que ce visage ne sera pas le masque de la mort, mais le sourire d’un vivant ! Et comme ils sont là tous et qu’ils ne veulent plus le lâcher maintenant qu’il vit, il faut encore que Jésus leur dise : « Laissez-le aller !  » Vont-ils le perdre à nouveau ? Mais non, dans un nouvel acte d’espérance, ils le laissent aller en effet et ils le regardent marcher, libre, sur la terre des vivants.
Si l’espérance n’était pas une vertu qui porte en elle une force de contradiction à l’égard du monde, l’histoire s’arrêterait là : Lazare vivant, la vie peut s’écouler enfin comme un long fleuve tranquille. Mais ce n’était qu’une étape, pour accompagner les amis de Jésus vers une épreuve plus grande encore et vers la plénitude de l’espérance.
Après cette histoire, beaucoup de Juifs crurent en Jésus, tant et si bien que les Grands prêtres et les pharisiens résolurent de le faire tuer. Ce fut au point que Jésus ne pouvait même plus circuler en public parmi les Juifs. Et il dut se retirer au désert. Lazare, Marthe et Marie croient de toutes leurs forces que Jésus est la résurrection et la vie, et ils doivent s’étonner maintenant qu’il ait crainte des menaces de mort. Que pourrait-il lui arriver, lui qui est vainqueur de la mort ? Et c’est déjà une épreuve pour leur foi et leur espérance, mais c’en sera une plus grande encore quand ils le verront crucifié, agonisant, et finalement réellement mort, quand ils le mettront lui aussi au tombeau et qu’ils rouleront la lourde pierre. Quand ils passeront deux jours et deux nuits devant ce fait incontournable : il est mort, celui qui est notre espérance ! Ils ne savaient pas que la mort et la résurrection de Lazare étaient l’annonce prophétique de la mort et de la résurrection du Christ.
Et leurs épreuves ne s’arrêtent pas là, car on cherchait aussi à faire mourir Lazare, témoin de la résurrection, et sans doute plus encore après l’annonce de la résurrection du Christ. L’Evangile ne nous dit pas la suite, quelle a été la vie de Lazare et ses sœurs. Peut-être Lazare est-il finalement mort martyr, c’est-à-dire témoin de l’espérance qui est en nous.

L’espérance inondée de larmes

Si l’espérance est la vertu d’une telle contradiction avec le monde, c’est qu’elle manifeste notre foi en une vie qui ne s’arrête pas ici-bas. Et que la vie ici-bas est et restera douloureuse et tragique. Comment ne le serait-elle pas jusqu’à la fin du monde puisque le Christ, qui était venu parmi nous, est mort parmi nous ?
Ce récit est pour nous chargé d’émotion car le Christ et Lazare peuvent chacun voir l’histoire de l’autre comme dans un miroir : Lazare et ses sœurs vivent à l’avance ce que le Christ et Marie vont connaître, car Lazare est le miroir de l’homme qui ne peut se connaître ni se comprendre s’il ne regarde pas le crucifié. Et l’homme, l’homme qui souffre et qui meurt, est bien ce que le Christ a voulu devenir. C’est pourquoi Jésus pleure dans la maison de Marthe et Marie. Car il vit l’un de ses moments de plus intense communion avec l’humanité souffrante et éprouvée dans son espérance.
Il pleure, celui qui porte l’espérance concrète de l’humanité ! Il nous apprend que l’espérance n’interdit pas d’éprouver pleinement la douleur d’une situation désespérante. Même s’il est la résurrection, Jésus partage pleinement notre peine. Car il n’est pas venu apporter la résurrection pour simplement régler les problèmes et nous permettre de glisser paresseusement sur le fleuve tranquille d’une vie égoïste, mais pour nous permettre de remonter le fleuve et donner à notre vie le sens inverse à celui que lui donne le monde. Chesterton a écrit : « Une branche morte peut suivre le courant, seul un être vivant peut le remonter « . L’espérance nous apparaît comme cette force qui permet de regarder en face la souffrance actuelle du monde présent, la nôtre et celle de nos frères, de la prendre à bras-le-corps comme une composante essentielle de la vie car elle est, dans le Christ notre frère souffrant, le chemin de la résurrection. Qu’elles sont fraternelles, ces larmes du Christ ! Et comme on voit déjà, sous les larmes de l’espérance, poindre le bourgeon de la charité ! Oui, nous sommes là, dans l’espérance, tout près du mystère de la charité.
Car nous sommes maintenant en mesure de mieux cerner le processus qui relie ces vertus de foi, espérance et charité. Nous avons vu tout acte d’espérance reposer sur un acte de foi préalable demandé par le Christ à Marthe, et nous avons vu la foi et l’espérance eschatologiques, celles qui portent sur les fins dernières, devenir foi et espérance pour le moment présent. Et comme on va de la foi et l’espérance en la résurrection au dernier jour, à la foi et à l’espérance en la guérison pour aujourd’hui, ainsi va-t-on de l’amour d’un Dieu éternel et un peu intemporel, à l’amour prévenant de Dieu pour chacun de nous aujourd’hui. Ainsi apprenons-nous à nous aimer aujourd’hui et à oser vivre pleinement dès maintenant. Ainsi apprenons-nous à ouvrir les yeux maintenant sur notre frère d’aujourd’hui.

La structure de l’espérance : l’épreuve et la promesse

Pour que l’espérance puisse apparaître, deux conditions doivent nécessairement être remplies : l’une est douloureuse, c’est ce que nous ressentons dans l’épreuve d’une situation difficile, condition que nous allons voir tout à l’heure. L’autre est objective, c’est la réalité des promesses qui nous ont été faites par le Christ et que nous recevons dans la foi. Telle est, si l’on peut dire, la structure de l’espérance : l’épreuve et la promesse.
Pour découvrir quelle peut être notre espérance, il nous faut partir des promesses que Dieu nous a faites. Mais quelles sont les promesses de Jésus-Christ ? En fouillant l’Evangile, nous pouvons en découvrir un certain nombre. En voici quelques-unes :
– Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde
– Tout ce que vous demanderez au Père en mon Nom, il vous l’accordera
– Cherchez le royaume de Dieu et tout le reste vous sera donné par surcroît
– Nul ne quittera père, mère, frère ou sœur, qu’il n’en reçoive le centuple…
Or, à l’égard des promesses du Christ, nous avons à faire le même cheminement que Marthe pour passer de l’universel au particulier. Ces promesses ne sont pas seulement générales, elles s’adressent à chacun de nous. Et d’une manière plus précise encore, peut-être avons-nous reçu à titre personnel certaines promesses particulières. Y croyons-nous ? Peut-être avons-nous l’exemple de points précis sur lesquels le Christ ne nous a jamais abandonnés. Quelles raisons avons-nous de penser qu’il s’en tienne là et qu’il ne nous montre pas aussi son amour pour d’autres domaines de notre vie ? Et si vraiment nous n’avons pas encore l’expérience de cet accompagnement précis du Christ dans nos difficultés humaines, alors tenons-nous éveillés car cela ne saurait tarder.
Thérèse de l’Enfant Jésus disait :  » Dieu mesure toujours ses dons à notre confiance ».
L’espérance suppose la non-possession actuelle des choses qu’on espère, c’est-à-dire une situation actuelle de pauvreté, de désir, de souffrance. L’espérance peut être vécue dans des conditions dramatiques, voire tragiques. Il s’ensuit de là une conséquence d’une logique incontournable : seul celui qui est dans l’épreuve est dans une situation qui appelle l’espérance. Et plus profonde est l’épreuve, plus grande sera l’espérance appelée par cette épreuve.
En tant qu’enseignants et éducateurs, nous sommes appelés à avoir aussi l’espérance pour les autres : pour les élèves, pour les parents. Et nous avons à leur communiquer l’espérance qui nous habite. Alors, souvenons-nous que celui qui est dans l’épreuve a moins besoin de logique, que d’être compris dans ce qu’il ressent. Gardons-nous de confondre l’espérance avec une cuirasse de syllogismes, une carapace de principes, même fondés sur la foi comme axiome. L’espérance n’est pas un raisonnement logique, c’est une vertu, fondée sur la foi et sur l’amour, et elle ne peut pas faire l’impasse de la souffrance ni des situations angoissantes.
Rappelons-nous que le Christ a pleuré à Béthanie. Il n’est pas venu en riant et en chantant, il n’a pas dit : « pourquoi pleurez-vous donc ? La mort n’est rien, regardez ce que je vais en faire ! » Et quand Lazare fut ressuscité, il n’a pas dit : « Allez mes amis, maintenant festoyons et oublions définitivement tout cela ». Non, loin de là, les gestes du Christ sont empreints d’une grande gravité. Il est à l’écoute de chacun et il accueille les sentiments de chacun. L’espérance ne fait pas l’impasse sur les sentiments de tristesse, d’abandon, de désespoir. Il semble même que ces sentiments soient comme des passages obligés pour accéder à cette espérance que le Christ veut pour nous : une espérance capable de pleurer parce qu’elle sait tout accueillir, tout comprendre.
En effet, il ne peut y avoir d’accès à l’espérance tant qu’on n’a pas remis tout à Dieu. Mais on ne peut lui remettre ce qu’on n’a pas réellement accepté soi-même. Il ne s’agit pas de remettre à Dieu ce dont on ne veut pas. L’angoisse dans les situations d’extrême difficulté n’est pas anti-chrétienne. C’est un sentiment légitime, objectivement justifié. Le Christ a frémi en pensant à la passion qu’il devait subir. Plus encore, à Gethsémani, il a souffert une sueur de sang, dans la crainte des supplices à venir, et il a même supplié son Père que ce calice s’éloigne de lui. Il a vraiment laissé monter en lui toute l’intensité de l’angoisse. Il n’a pas fait l’impasse de cette étape sous prétexte d’espérance. Et cependant, immergé qu’il était dans cet état de profonde déréliction, il n’était pas perdu, il n’était pas intérieurement détruit, comme en témoignent ses paroles d’acceptation : « Cependant, que ta volonté soit faite et non la mienne ». Ainsi que le dit Saint Paul, nous sommes éprouvés, mais non pas détruits. Car il n’est pas de souffrance où le Christ ne nous ait précédés.
L’espérance que Dieu nous donnera sera d’autant plus profonde que nous aurons accepté de quitter les fausses sécurités de ce monde. Qu’avons-nous besoin d’espérer de Dieu si nous nous reposons sur les richesses de ce monde ? La principale cause de desespoir n’est pas la souffrance, mais l’absence de sens, l’absurdité de la vie. A la limite, on peut vivre dans le bien-être et connaître le désespoir.
Revenons à la foi : par elle, nous savons que la vie a un sens global, et selon ce mot de Jean-Paul II, nous savons que  » Tous les hommes, toutes les nations, toutes les cultures et toutes les civilisations ont un rôle propre à remplir et une place particulière dans le plan mystérieux de Dieu et dans l’histoire universelle du salut  » 3). Mais celui qui est dans l’épreuve du désespoir, a peine à croire que sa vie personnelle concrète et quotidienne ait aussi un sens, que ses épreuves aient un sens, que ses malchances aient un sens, que ses échecs aient un sens. Or, plusieurs fois, le Christ nous montre que chaque détail a un sens :
– Les cheveux de votre tête sont comptés,
– Ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites,
– voyez-vous les lis de champs ? Salomon dans toute sa gloire n’était pas vêtu comme l’un d’eux.
Une fois de plus, c’est en progressant de la foi universelle à la foi particulière, que nous allons de l’espérance pour le monde à l’espérance concrète pour nous aujourd’hui.

Moyens concrets

Nombreux sont les moyens d’entretenir ou de retrouver l’espérance, mais le premier de tous, c’est la rencontre de Dieu dans la prière personnelle. Ce dialogue absolument personnel et intime est la source de toute la vie chrétienne. C’est lui qui donne vie aux vertus, qui donne vie aux sacrements, qui donne vie à l’Eglise. Et de plus, même si nous sommes coupés de la vie sacramentelle, si nous sommes loin de l’Eglise, si nous sommes seuls et loins de tout, coupés de la vie du monde, en quelque prison que ce soit, matérielle ou psychique, ce dialogue, lui, est l’insécable cordon ombilical qui nous relie au Père.
Un second moyen est la prière de louange. C’est la reconnaissance objective de la grandeur et de la beauté de la Vie. Il est vrai qu’un effort est nécessaire pour pratiquer la louange, surtout si l’on est dans l’épreuve. Encore faut-il que cette louange ne soit pas exaltation ni fuite de ces sentiments de détresse que nous avons évoqués plus haut et dans lesquels il nous faut absolument plonger pour gagner la rive de l’espérance. Une louange humble et douce pratiquée patiemment laisse descendre l’espérance au fond de nous. Elle fera d’abord en nos cœurs comme de brèves incursions, et puis un jour elle y fera son nid et viendra demeurer en nous. Car rien n’est plus craintif ni plus fragile que l’humble louange. On la reconnaît dans ces paroles de Jean-Paul Ier :
 » Le vrai Alleluia, nous le chanterons au paradis. Ce sera l’Alleluia de l’amour parfait. Pour le moment, nous en sommes à l’Alleluia de l’amour qui a faim, c’est-à-dire de l’espérance. »

Redonner l’espérance à notre monde

« L’humanité est si avide d’espérance, écrivait Ernest Hello (1), cette pauvre humanité qui souffre et qui attend, qu’elle aime mieux espérer l’absurde que de désespérer. Quand elle a rejeté les promesses de Dieu, elle espère dans ses rêves. Elle aime mieux encore la folie que le désespoir. »
Ce désespoir s’est d’abord nourri d’une philosophie athée qui est devenue la seule philosophie officielle de nos universités, elle-même bientôt secondée par les théologiens de la « mort de Dieu ». Les fruits de ce vide métaphysique ont été la révolte, la violence politique, et cette culture morbide qui caractérise notre époque. Nous la côtoyons tous les jours dans toutes les formes d’art, mais aussi dans le comportement privé des individus et dans les décisions politiques de nos dirigeants. Quand on n’espère plus dans la vie, on croit que la mort va résoudre les problèmes. C’est ce qu’a voulu exprimer le Professeur Jérôme Lejeune à propos de l’avortement : « la définition opérationnelle de la mort, dit-il, c’est l’abandon de l’espérance » 2) .
Oui, il y a moyen d’espérer dans la vie, et c’est ce que le Christ nous propose, à nous, aujourd’hui.


Bernard de Castéra

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