Précisions concernant une enquête sur les « thérapies de conversion » de l’homosexualité

Une enquête journalistique au sujet des « Thérapies de Guérison » de l’homosexualité a fait l’objet ces dernières semaines de la parution d’un livre en librairie et de la diffusion d’un documentaire sur Arte. La presse s’en est fait l’écho assez largement. La Communauté de l’Emmanuel y est mentionnée. Cela suscite des interrogations légitimes. Voici quelques précisions nécessaires.

Que trouve-t-on dans ce livre et ce reportage ?

Le 9 octobre 2019 est paru chez Flammarion le livre Dieu est Amour, Infiltrés parmi ceux qui veulent « guérir » les homosexuels, écrit par deux journalistes, Jean-Loup Adénor et Timothée de Rauglaudre. Le 26 novembre 2019, un reportage réalisé par Bernard Nicolas avec la contribution des deux mêmes journalistes a été diffusé sur Arte : Homothérapies, conversion forcée. Il est en ligne sur internet jusqu’au 24 janvier 2020. (Voir le dossier de presse ici)

Dans les deux cas, il s’agit d’une enquête qui mêle témoignages, interviews et analyses. On y trouve donc :
– Des témoignages de personnes homosexuelles de divers pays (Etats-Unis, Allemagne, France) ayant souffert de « thérapies de conversion » proposées par des thérapeutes ou lors de sessions psycho-spirituelles accompagnées de prières de guérison ou d’exorcismes.
– Des témoignages de personnes « repenties » qui avaient promu des thérapies de conversion dans le passé et qui le regrettent amèrement aujourd’hui (en Allemagne et aux Etats-Unis).
– Des images et interviews réalisées en infiltration dans le groupe catholique Courage et dans les sessions proposées par l’association évangélique Torrent de Vie.
– Un témoignage d’un responsable de Courage et d’un responsable de Torrent de Vie, les deux associations qui sont directement visées par l’enquête.
– Des interventions de plusieurs thérapeutes et analystes, ainsi que de responsables d’autres mouvements engagés auprès de chrétiens homosexuels.

Le livre et le reportage ont le mérite de mettre en lumière la souffrance éprouvée par des personnes homosexuelles qui se sont senties poussées à changer d’orientation sexuelle et entrainées dans des expériences présentées comme « thérapeutiques ». Les témoignages sont poignants et révèlent certaines pratiques choquantes qui ont causé des blessures profondes.

Dans l’ensemble, les faits et les propos rapportés, pris séparément, sont assez précis et, autant qu’on puisse en juger, semblent exacts.

En revanche, certaines analyses sont approximatives ou même malheureusement fausses. Un exemple parmi d’autres : il est affirmé de manière péremptoire : « Pour l’association Courage, celui qui ne peut s’astreindre à la continence doit devenir hétérosexuel ». (A la 55ème minute du reportage d’Arte). Cette affirmation est sans fondement.

Autre exemple, le reportage d’Arte présente de manière très imbriquée le témoignage d’une personne ayant vécu des « thérapies de guérison » en France (sans dire précisément où cette personne a vécu cela) puis les deux associations françaises visées par le reportage (Courage et Torrent de Vie). Il laisse donc entendre adroitement qu’il y a un lien entre ce témoignage et les associations visées. Or, ce témoin n’a pourtant fréquenté aucune de ces deux associations.

Ainsi, dans l’élan de cette succession d’amalgames regrettables, les journalistes affirment de manière abusive qu’il existe au sein de l’Eglise Catholique de notre pays un réseau visant à forcer les personnes homosexuelles à s’engager dans une thérapie. De nombreux journaux ont repris sans vérification ces conclusions fausses.

Quel est le contexte de sortie de ce livre et de ce documentaire ?

En France, deux députés de l’Assemblée Nationale ont lancé en 2019 une mission d’information parlementaire sur les « pratiques prétendant modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne ». Les co-rapporteurs de cette mission d’information ont auditionné différents intervenants dont les auteurs de cette enquête et demandent le vote d’une loi au printemps 2020 afin de renforcer l’arsenal juridique actuel.

L’objectif est de mieux lutter contre des dérives dites « thérapeutiques » en cherchant en particulier à protéger les personnes contre les phénomènes d’emprise et de manipulation. Renforcer la protection de la liberté de conscience de tous, en particulier des personnes plus vulnérables, est un objectif parfaitement louable.

Pourquoi la Communauté de l’Emmanuel est-elle citée ?

La Communauté de l’Emmanuel est mentionnée principalement pour avoir accueilli l’association Courage à l’occasion des sessions d’été de Paray-le-Monial en 2015, 2016 et 2017.

Dans cette enquête, l’association Courage est accusée d’inciter les personnes homosexuelles à changer d’orientation sexuelle, puis d’accompagner ces personnes sur ce chemin, et donc de pratiquer subtilement des « thérapies de conversion ». L’Emmanuel est accusée de soutenir et d’encourager ces propositions.

Que fait la Communauté de l’Emmanuel ?

La Communauté de l’Emmanuel s’associe pleinement à « l’engagement de l’Eglise contre toute discrimination et toute violence liées à l’orientation sexuelle » (Christus Vivit, 42). Certaines personnes ont souffert ou souffrent encore de discriminations liées à leur orientation homosexuelle. D’autres éprouvent aussi malheureusement de la culpabilité alors même qu’elles n’ont pas choisi leur condition homosexuelle. Certains vivent dans l’abstinence, d’autres non. Dans ses missions, la Communauté de l’Emmanuel oeuvre à sa mesure pour que chaque personne soit accueillie dans la situation qui est la sienne, respectée telle qu’elle est, selon l’esprit de l’Evangile, comme un don de Dieu. Dans le respect inconditionnel de chacun, elle propose de cheminer avec le Christ, en se laissant peu à peu éclairer par sa Parole et par l’enseignement de l’Eglise. Dans la lumière  de l’Evangile, elle croit que l’abstinence est un chemin de vie proposé par le Christ, lequel, comme tout chemin de vie, comporte ses renoncements et ses exigences. Pour autant, nul ne doit se sentir exclu de l’Eglise parce que Dieu veut être proche de tout homme et veut offrir à tous la totalité de son amour et de sa tendresse sans exclure personne.

Des personnes ont malheureusement pu vivre au sein de groupes chrétiens des expériences inacceptables les poussant à changer leur orientation sexuelle et cela a pu occasionner de vraies souffrances. Dans les parcours proposés au cours de sessions à Paray-le-Monial en lien avec l’association Courage, il n’a jamais été proposé de « thérapies de guérison ».

Avec l’Eglise, la Communauté de l’Emmanuel rappelle son engagement à lutter contre tout phénomène d’emprise et de non-respect de la liberté des personnes. En cas de problème d’emprise ou d’abus, il convient de contacter la cellule de lutte contre les dérives sectaires dans les communautés catholiques mise en place au sein de l’Eglise de France et, le cas échéant, de porter plainte auprès des autorités judiciaires.

Comme le dit le pape François, « les jeunes expriment un désir explicite de dialogue sur les questions relatives à la différence entre l’identité masculine et féminine, à la réciprocité entre les hommes et les femmes et à l’homosexualité » (Christus Vivit, 81). La Communauté de l’Emmanuel, avec d’autres, travaille donc pour faire exister des lieux de dialogue, d’écoute et d’accompagnement dans le respect absolu de l’intimité et de la liberté de conscience de chacun. Elle souhaite continuer à faire découvrir, sans aucune discrimination, la beauté du projet de Dieu qui est un chemin de bonheur et de vie proposé à tous.

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