La Miséricorde dans notre vie de couple !

Il est ressuscité ! Dans la nuit de Pâques a retenti l’annonce de la victoire du Christ ! Cette victoire nous la célébrons maintenant pendant huit jours pour être conduits jusqu’au Dimanche de la Miséricorde divine. La liturgie nous fait ainsi comprendre que la miséricorde est le fruit de la victoire de Jésus. Regardons cela afin que la miséricorde se déploie dans notre vie de couple au moment même où ce confinement la met à l’épreuve.

Alors pourquoi célébrer la Miséricorde divine juste après Pâques ? Pour le comprendre demandons-nous d’abord quelle est la victoire de Jésus manifestée au matin de Pâques. Jésus l’a-t-il emporté sur les autorités juives ? Sur l’occupant romain ? Non et, du reste, Jésus ressuscité n’apparaît pas à ceux-ci. Il ne vient aucunement voir ceux qui l’ont mis à mort pour leur faire la leçon ou simplement leur expliquer qu’ils ont eu tort de le crucifier. Faut-il alors supposer que la victoire de Jésus l’est sur ses disciples qui l’ont abandonné ? Jésus n’apparaît pas à ceux qui l’ont rejeté, mais nous pourrions imaginer qu’il apparaisse à ses disciples en leur reprochant leur abandon. En effet, ceux-ci n’auraient-ils pas pu lui être fidèles jusqu’à la Croix et même attendre patiemment sa résurrection qu’il avait annoncée par trois fois ? Jésus aurait pu leur reprocher mais, en réalité, Jésus ressuscité se manifeste à ses disciples en leur disant « La paix soit avec vous » (Jn 20, 19. 21. 26). A ceux qui n’ont pas été fidèles, il offre sa paix par trois fois. La résurrection de Jésus n’est donc pas une revanche de Jésus sur ceux qui l’auraient rejeté ou lui auraient été infidèles. Elle est au contraire une œuvre de réconciliation. De la Résurrection jaillit la Miséricorde divine. L’Octave Pascale se révèle donc parfaitement approprié aux réconciliations et, tout particulièrement, aux réconciliations entre époux ! Ceux-ci sont en effet « un » par la grâce de la mort et de la résurrection de Jésus. C’est donc dans la force de la Résurrection qu’ils doivent vivre leur unité.

En nous penchant sur l’attitude de Jésus ressuscité, nous constatons que vivre la miséricorde n’est pas prendre une revanche sur son conjoint, lui disant par exemple : « tu vois bien que j’avais raison ! » ou « reconnais tes torts, s’il-te-plaît ! ». Exercer la miséricorde n’est jamais prendre de haut celui qui m’a accusé faussement, qui s’est trompé ou, plus largement, qui a mal agi contre moi. Pardonner n’est pas être magnanime ou « être bon prince ». C’est bien de se le rappeler de temps en temps… Demander pardon ne l’est pas davantage, mais il est plus rare de faire cette erreur dans cette situation. Voici une première leçon de la résurrection de Jésus. Mais il ne suffit pas de vous inspirer de Jésus dans vos vies d’époux. Il faut aussi découvrir que seule sa résurrection rend possible de véritables réconciliations. Bien souvent, en effet, nous pensons à demander pardon ou à donner notre pardon afin de rétablir la relation. Nous sentons confusément ou clairement que notre conjoint nous en veut, ou alors il nous l’a nettement exprimé ! Nous demandons pardon ou nous accordons notre pardon afin de retrouver le lien qui nous unit, souffrant de l’éloignement entre nous ou du désagrément lié à cette incompréhension. Cette motivation est évidemment bonne ! Mais l’Octave Pascale et le Dimanche de la Miséricorde doivent aider les époux à découvrir qu’ils sont appelés à vivre une miséricorde bien plus profonde : une miséricorde d’origine… divine.

Nous nous interrogions sur la victoire de Jésus. Il faut y revenir. Sur qui Jésus l’a-t-il emporté ? Pas sur des adversaires humains ou des disciples versatiles. Non, sa victoire intervient sur la mort et le péché. A Pâques, Jésus a vaincu la mort et le péché pour moi et, en moi, si je crois en lui. Et cela il l’a opéré dans un amour totalement gratuit, et sans jamais me faire sentir que je suis désormais son débiteur, et cela pour l’éternité. Au matin de Pâques, après avoir renouvelé mes promesses baptismales, mon cœur doit logiquement être plein de reconnaissance envers mon Sauveur. Et je comprends également qu’il est le Sauveur de mon mari, de ma femme, de mes enfants, de mes proches… Je peux alors me placer bien différemment vis-à-vis d’eux. En cette fête de Pâques, je vais pouvoir demander pardon et pardonner à partir de la réconciliation avec le Père que la mort et la résurrection de Jésus a obtenue pour tous. N’est-ce pas un fondement bien différent pour vivre la miséricorde que de regarder Jésus comme mon Sauveur tout autant que celui de mon époux ou de mon épouse ? En cette Octave Pascale, vous pourriez vous dire quelque chose de ce genre : « Mon chéri/ma chérie, tu sais qu’en cette fête de Pâques j’ai reçu la paix du Ressuscité sans aucun mérite de ma part. Alors je voudrais te demander pardon pour ceci… (ou je te pardonne parce que tu m’as fait mal en faisant cela). » Par-là vous montreriez nettement qu’aucun compte d’apothicaire n’est envisageable entre vous… L’un comme l’autre, vous êtes totalement débiteurs du Dieu qui vous sauve. Puisque Dieu vous a infiniment fait miséricorde, comment pourriez-vous en conséquence restreindre votre pardon, le confiner dans les limites de l’acceptable ? Oui, la joie de Pâques est complète si elle inclut la réconciliation avec mon mari ou ma femme, non pas dans le souci d’apaiser ma conscience inquiète et gênée, mais pour que se réalise l’unité que seule la résurrection de Jésus d’entre les morts peut donner.

P. Philippe de Forges +

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