Mimi : une ascension sociale et spirituelle

Au travers de l’histoire touchante d’une mendiante de sa paroisse sortie de la rue, le Père Pascal Fagniez nous témoigne, qu’à l’heure du synode, l’Eglise est une maison pour tous.

Mimi avait environ deux ans quand elle mendiait à la porte de notre église du Sacré-Cœur de Bordeaux, il y a 20 ans. Debout auprès de sa maman à peine sortie de l’adolescence et qui allaitait déjà son petit frère. Mais aussi auprès de sa grand-mère et d’une tante qui savaient que le sourire de Mimi faisait craquer les mamies. Lorsque sa bouche découvrait ses petites dents isolées, les bouches des porte-monnaie s’ouvraient aussi.

Sous la chaleur étouffante ou dans le froid humide de l’Atlantique, la petite famille bulgare se tenait à gauche de l’entrée. À la fureur du clochard bien français qui se tenait à droite et dont les traits épaissis par l’alcool et les galères inspiraient moins de sympathie. (Quoiqu’un des paroissiens, technicien du tir de la première bombe atomique française, eût décidé avec sa femme de veiller sur lui et de l’inviter à leur maison jusqu’à ce qu’un article du quotidien Sud-Ouest nous révéla que le brave pochtron avait été conduit dans une autre maison, d’arrêt cette fois, pour avoir escroqué plusieurs naïfs pour la somme explosive de 200 000 €, mais c’est une autre histoire. Et pour ne pas rester sur une dichotomie caricaturale immigrés/clochard, mentionnons l’affable et même généreux routard qui apparaissait de temps en temps au cours d’une de ses pérégrinations, dormant dans son sac à la porte de l’église et ne se résolvant à mendier que rarement tant il assumait son choix de vie entre travaux saisonniers et aides de l’état. Bien que se tenant à droite de l’entrée au côté de son camarade clochard, il en fustigeait ouvertement les propos xénophobes et pouvait aller jusqu’à reverser son obole à l’enfant au grands yeux noirs et au sourire triste.)

Les paroissiens décidèrent d’aider la famille bulgare qui se révéla plus nombreuse que prévue, entassée non loin de l’église dans un deux-pièces dont les lits superposés permettaient le repos de 4 familles et 3 générations. La volonté de Zlatin, père de Mimi, de chercher un travail légal encourageait la charité et, quand les 4 furent menacés d’une nième expulsion vers la Bulgarie, je fis partie de la délégation paroissiale qui patienta devant le bureau du Secrétaire général de la Préfecture afin de lui remettre la pétition/supplication signée de. L’immigration était déjà un sujet clivant et nous avions pris soin de dire aux paroissiens qu’ils avaient parfaitement le droit d’avoir des avis divergents et de ne pas signer la pétition.

Est-ce notre aimable siège de la Préfecture ou alors l’invasion des  affamés et des proxénètes bulgares, toujours est-il que la famille de Mimi non seulement ne fut plus jamais expulsée mais, Donka, sa maman trouva même un emploi dans la Police, comme interprète bulgare/français.

J’eus la joie de baptiser cette jeune maman dans la Veillée pascale 2006 et nous préparions le baptême de Mimi désormais scolarisée lorsque les prêches d’un pasteur pentecôtiste bulgare plurent au papa de Mimi qui nous aimait bien mais préférait naturellement prier dans sa langue. Toute la famille devint protestante, quitta la paroisse et le quartier. Mais des paroissiens gardèrent le contact et allèrent les visiter au centre de Bordeaux. Nous vîmes la famille trouver la stabilité et même une certaine ascension sociale passant de la misère à la pauvreté et de la pauvreté à la vie modeste avec ses fins de mois difficiles.

À la demande de sa mère, Mimi me montra un jour la statue de la Vierge que je lui avais donnée et qu’elle avait conservée dans sa chambre tout en étant remarquablement assidue aux cours bibliques du pasteur et à ses prêches pas toujours catho-friendly.

La Garonne nous séparait quand je déménageais en 2009 puis à nouveau en 2011 pour être absorbé pendant 7 ans par ma mission de curé. Une ancienne paroissienne me donnait fidèlement de leurs nouvelles et je repris contact lors d’une épreuve de santé et j’allais même les visiter en 2013 et 2014.

Je m’éloignais un peu plus, vers le Bassin d’Arcachon en 2018 et plus loin encore vers Toulouse en 2020. Presque dix ans que je n’avais pas revus ces visages aimés chez qui je goûtais la joie des dîners en famille et celle de finir la soirée dans un petit temps de prière. Prière qui m’évoquait le récit qu’on a fait de la famille Soubirous priant dans le cachot de Lourdes.

La Vierge ne cessait d’envelopper Mimi de son manteau puisque sa mère me demanda pour elle en 2016 l’adresse du monastère cistercien du Rivet où nous avions vécu 10 ans auparavant sa retraite de baptême. Monastère où fut religieuse une cousine de Sainte Bernadette et qui abrite la plus fidèle reproduction grandeur nature de la Grotte de Lourdes.

Mimi partit étudier à Paris et m’écrivit pour la première fois directement, le 1er avril 2020, « J’aimerai vous voir et entendre votre voix. » Sans le savoir, dans ce message inattendu, 20 ans après notre première rencontre, Mimi citait la Bien-aimée du Cantique des cantiques : « Que je voie ton visage, que j’entende ta voix ! «  Ct 2, 14

Non qu’elle me prenne pour le Bien-Aimé, aucune idolâtrie chez elle, mais elle sait ce qu’elle a reçu de la Paroisse du Sacré-Cœur de Bordeaux et elle a gardé la part d’héritage qui commençait à lui être donné à l’aube de sa vie. Mais Paris est loin de Toulouse et j’y « monte » rarement. C’est donc la Providence qui conduisit Mimi à venir étudier à Toulouse où se trouvait sa filière d’études.

Hier, samedi, tandis que je roulais vers un mariage landais, apparut en surimpression du GPS son message:

« Bonjour mon père

J’aimerai venir à l’église pour la messe de demain, quel est son adresse ?

À demain j’espère »

Je l’appelle et notre conversation se transforme en colloque spirituel sur le « chant en langues ». Colloque dont la douceur et la profondeur me transportaient du cachot humide de Lourdes vers le Belvédère des Buissonnets de Lisieux où la petite Thérèse goûtait les saveurs spirituelles des colloques avec sa grande sœur Céline.

L’épilogue, temporaire, de notre histoire arrive donc et c’est ce dimanche:

À mon retour des Landes, après la messe sur les coteaux au nord de Toulouse et le repas auprès de mon cuisinier passé de la prison au presbytère, j’ai donné rendez-vous à Mimi à la Cathédrale où se tient la cérémonie inaugurale du Synode sur la Synodalité.

Mimi me présente son ami marocain Sofian, qui n’a reçu aucune éducation musulmane, et je découvre avec effarement que Mimi n’est toujours pas baptisée. (Je retiens mon envie de protester contre les protestants.)

Voici donc deux non-baptisés qui se retrouvent pour une après-midi de prière et de présentation de la « démarche synodale ». L’alternance des chants à l’Esprit-Saint tirés du « Carnet vert » et des prises de paroles a beau être assez fluide, je redoute que les termes théologiques et les problématiques internes à l’Église ne passent au-dessus des jeunes gens et commence à regretter mon invitation. Au bout de deux heures est annoncée la messe présidée par l’évêque.

Je me précipite vers les jeunes : « vous n’en avez pas assez ? On peut sortir et aller boire un coup. »

Que croyez-vous que fut leur réponse, unanime : « Non, on reste. »

Et les voilà, nous voilà, repartis pour une troisième heure dans la cathédrale, à vivre le sommet de la vie chrétienne. Eux dans la nef et moi dans les stalles, nous sommes providentiellement au même rang et quelques coups d’œil puis l’échange visuel de la Paix du Christ indiquent qu’ils ne regrettent pas leur décision alors qu’un covoiturage attend Sofian peu après la messe pour son retour à Bordeaux.

Mimi temoignage FagniezLa photo ci-dessous prise par Sœur Marie-Quelquechose au sortir de ce qui me paraissait trop intra-ecclésial n’est-elle pas une illustration que l’Église est décidément une maison pour tous ?

Une preuve que l’Esprit-Saint n’a pas fini de me contredire et qu’il nous surprendra toujours, n’est-ce pas ? Je crois en l’Esprit-Saint.

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