Dans la continuité de la Tradition

Cet article fait partie du dossier thématique :Synodalité, construire une Eglise différente →

Un synode peut faire peur. En sollicitant une participation très ouverte, ne court-on pas le risque de laisser surgir des hérésies ?

Par PHILIPPE DE FORGES

L’AUTEUR – Le père Philippe de Forges, docteur en théologie, est prêtre de la Communauté de l’Emmanuel (diocèse de Paris). Il est directeur adjoint de l’institut supérieur en sciences religieuses (Collège des Bernardins).

Dans un célèbre discours du 22 décembre 2005 aux membres de la Curie, en évoquant les 50 ans du concile Vatican II, Benoît XVI soulignait que deux herméneutiques du concile – soit deux manières de l’interpréter – se sont opposées dans les années qui l’ont suivi. Ces deux herméneutiques sont, selon lui, celle de « la discontinuité et de la rupture » d’une part, et celle « de la réforme », d’autre part. Dans sa réflexion, le pape explique pourquoi la première n’est pas pertinente pour appréhender un concile. Il rappelle ainsi qu’il ne faut pas se méprendre sur la nature d’un concile qui n’est pas « une sorte de Constituante, qui élimine une vieille constitution » pour en créer une nouvelle. Selon lui, cela se comprend aisément : les Pères d’un concile n’ont ni le mandat ni le pouvoir pour écrire une nouvelle constitution, « car la constitution essentielle de l’Église vient du Seigneur et nous a été donnée afin que nous puissions parvenir à la vie éternelle ». Nous comprenons ainsi qu’un concile ne peut pas être l’acte fondateur d’une nouvelle Église. De même, un synode ne peut pas se voir de cette manière et les conclusions d’un synode ne peuvent pas être reçues selon une herméneutique de rupture.

Faire entrer dans la vérité tout entière

Bien entendu, les membres d’un synode veulent s’ouvrir à l’action de l’Esprit Saint afin d’annoncer l’Évangile dans le temps présent. En invoquant l’Esprit, ils cherchent à reconnaître ensemble ce qu’il dit à l’Église. Mais que peut dire l’Esprit ? Selon les dires mêmes de Jésus, quand il viendra l’Esprit de vérité, il le glorifiera, car il recevra ce qui vient de lui pour le faire connaître (cf. Jn 16, 13-14). Par conséquent, l’Esprit a pour rôle de faire entrer dans la vérité tout entière qu’est le Christ. Ce qu’il suggère ne peut donc pas être contraire à ce que Jésus a institué lors de sa vie publique et dans la puissance de sa Résurrection. L’Esprit est l’Esprit de Jésus Christ, et mieux encore l’Esprit commun au Père et au Fils. Cela signifie que les membres d’un synode n’attendent pas une irruption d’en haut et immédiate de l’Esprit dans l’aujourd’hui de l’Église mais s’ouvrent au même Esprit qui a inspiré les Écritures, et assiste la Tradition de l’Église et le Magistère. Écouter l’Esprit Saint durant le synode implique par conséquent d’interpréter les Saintes Écritures de manière renouvelée mais dans la continuité de la Tradition. Au Ve siècle, saint Vincent de Lérins expliquait déjà que l’Église est amenée à dire « les choses d’une manière nouvelle sans dire pourtant des choses nouvelles. » (Commonitorium, 22) Tel est l’un des enjeux d’un synode. Se peut-il cependant que les conclusions d’un synode semblent contraires à la Tradition ou même le soient ?

De possibles véritables découvertes

Rappelons que les propositions d’un synode n’ont pas, par elles-mêmes, une autorité magistérielle et moins encore une autorité infaillible. Il n’est donc pas impossible que surgissent des propositions étranges à l’issue d’un synode. Les réflexions émises au sujet du processus synodal doivent alors être reprises pour envisager la réception du synode. Il importe toutefois de comprendre que l’étrangeté d’une proposition ne signifie pas nécessairement qu’elle est contraire à la Tradition. En effet, comme l’exprimait également Vincent de Lérins, affirmer de manière nouvelle des choses qui ne sont pas nouvelles n’exclut pas de véritables découvertes. Dans la compréhension du mystère de la foi, des progrès sont possibles dans la mesure où ils ne sont pas des altérations du donné de la foi (cf. Commonitorium, 23). Un synode peut être l’occasion d’un développement de la doctrine. Dans son ouvrage, Essai sur le développement de la doctrine chrétienne de 1845, saint John Henry Newman propose une réflexion pour distinguer un progrès de la doctrine d’une altération de celle-ci. Sans entrer dans le détail, notons simplement que l’Église étant une réalité historique, Newman constate qu’elle est soumise à la loi du devenir. Il en résulte que la vérité révélée dont elle témoigne se comprend à travers l’histoire, et même s’éprouve dans ce devenir historique. Déterminer si une proposition synodale est un développement de la doctrine chrétienne suppose par conséquent de se demander si la vérité révélée s’y exprime, même si cette vérité atteint une réalité nouvelle et, par-là, conduit à une affirmation nouvelle.

L’exemple de l’esclavage

Bien qu’il ne provienne pas d’un synode, l’exemple de la position de l’Église sur l’esclavage peut illustrer cela. Au XXe siècle, l’Église affirme clairement le caractère infâme de l’esclavage (cf. Gaudium et spes, n° 27) alors que les Apôtres ne tenaient aucunement une telle position. Y a-t-il eu perversion de leur foi au cours des siècles ? Non, bien au contraire : la doctrine actuelle au sujet de l’esclavage résulte de l’application à une réalité sociale d’un principe de dignité de la personne humaine provenant de la foi des Apôtres. Il est donc possible de reconnaître ici un développement de la vérité chrétienne confiée aux Apôtres. L’accueil des propositions surprenantes d’un synode devrait intervenir dans cette perspective, selon une herméneutique de la réforme dans la continuité. ¨

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