La Croix – Père Patrick Monnier  : « Mes talents se déploient dans le sacerdoce »

La Croix a rencontré le père Patrick Monnier, 35 ans, ordonné depuis trois ans pour le diocèse de Vannes, vicaire des paroisses de Notre-Dame de Lourdes et Saint Pie X à Vannes (Morbihan) et responsable des jeunes pour le doyenné. Il raconte à Mélinée Le Priol comment, en dépit des difficultés, son ministère de prêtre le rend heureux.

La Croix  : En quoi cette crise vous affecte-t-elle, en tant que jeune prêtre ?

Père Patrick Monnier : Je sens un climat de suspicion, qui rend notre ministère assez lourd à porter. Je n’ai pas subi d’agressions verbales personnellement, mais cela a été le cas d’un confrère proche, qui s’est vu traiter de pédophile dans la rue. Dans cette « ère du soupçon », nous, les prêtres, et avec l’ensemble des fidèles, devons rechercher un nouvel équilibre : bien sûr avec un certain nombre de précautions, mais sans pour autant tomber dans la psychose.

Votre propre communauté, l’Emmanuel, a été touchée cette semaine par un scandale d’abus sexuel (Voir le message adressé aux paroissiens de Sainte Madeleine à Nantes, et le communiqué sur le site du diocèse). Comment réagissez-vous ?

P. M.  : Cette histoire m’affecte particulièrement. Je pense à la jeune fille agressée,à sa famille et à tous ceux qui ont connu ce prêtre. Mais ce drame m’invite à une prudence légitime sans perdre de vue la confiance en Dieu.

Outre la crise des abus sexuels, que vous semble-t-il le plus difficile à vivre pour un prêtre ?

P. M.  : Je vois deux difficultés principales. D’abord, mes propres lenteurs à accueillir la Bonne nouvelle que je suis censé annoncer, c’est-à-dire à me convertir. D’autre part, la difficulté de l’annonce, dans un monde qui peut sembler indifférent au message de l’Évangile. Comment le rendre audible sans pour autant le falsifier ?

Que diriez-vous à un séminariste qui doute de ses capacités à endosser une telle charge ?

P. M.  : Je lui dirais qu’il n’a pas été appelé pour ses propres capacités, ni parce qu’il est meilleur que les autres. Croire cela le jour de son ordination serait courir de grands risques. Seul le Christ nous donne les moyens de répondre à son appel.

Qu’est-ce qui vous rend le plus heureux, dans votre ministère ?

P. M.  : Deux choses, là encore. La première est de voir des laïcs m’entourer dans ma mission de prêtre. Pour moi, cette coresponsabilité est un grand facteur d’équilibre et de fécondité. La deuxième, c’est de regarder des jeunes avancer dans la foi, voire « recommencer ». Être témoin – sans doute plus qu’acteur – de telles conversions est vraiment enthousiasmant, même si je sais aussi ces conversions fragiles.

Vous sentez-vous à votre place ?

P. M.  : Oui, car je sens que mon ministère actuel, largement tourné vers les jeunes, correspond à mon charisme. Je me découvre des talents qui se déploient au profit de la mission. Bien sûr, il y a aussi des jours où les jeunes sont difficiles, peu réceptifs,où ils nous poussent dans nos retranchements… Mais quand je vois la globalité de mon ministère auprès d’eux, cela m’apporte énormément de joie.

Êtes-vous satisfait de votre vie intérieure ?

P. M.  : J’ai la chance de vivre en fraternité avec deux autres prêtres de l’Emmanuel, et nous sommes les gardiens de nos frères ! Alors nous veillons ensemble à avoir une vraie vie de prière, notamment avec des temps d’adoration et de célébration communes. Je prends aussi très au sérieux l’accompagnement spirituel.

Comment avoir une vie affective équilibrée tout en étant célibataire ?

P. M.  : Je sais qu’on ne devient pas un ange le jour où l’on est ordonné, et que je ne suis pas fait autrement que les autres. J’ai des besoins affectifs et j’en suis conscient. Alors je consacre du temps à mes amitiés, que ce soit envers des prêtres ou des laïcs. Quand cela ne va pas, je sais très bien quel numéro composer.

Est-il si facile d’avoir de vrais amis laïcs quand on est prêtre ?

P. M.  : Disons que je trouve auprès de certains d’entre eux un lieu où je me sens plus posé, plus détendu. Toujours est-il que je reste prêtre 24 heures sur 24 ! Les laïcs attendent beaucoup de nous, à juste titre : nous offrons notre vie pour donner le Christ au monde. Cette exigence est à la fois notre joie et notre croix.

Propos recueillis par Mélinée Le Priol.

Voir l’article de La Croix du 30 novembre : L’Eglise face aux « fragilités » de ses prêtres