«Le Renouveau a été un levain permettant que des choses bougent»

Alors que se tient à Rome les 50 ans du Renouveau charismatique du 31 mai au 4 juin, le modérateur de la communauté de l’Emmanuel Laurent Landete revient pour l’hebdomadaire La Vie sur l’histoire des mouvements charismatiques et leur place dans l’Église catholique à l’avenir.

LA VIE :

Il y a 50 ans, des étudiants américains faisaient l’expérience de l’effusion de l’Esprit saint. À leur suite, des milliers de groupes de prière et de communautés dites charismatiques se sont créés. Comment expliquer aujourd’hui ce phénomène ?

LAURENT LANDETE.

Un charisme est un don de l’Esprit saint pour édifier l’Église à un moment de son histoire. Le jaillissement des années 1970, qui s’est manifesté par une redécouverte de cette personne de l’Esprit saint et de ses dons – prophétie, guérison, chant en langue, etc. – répondait à un besoin de prière, de joie, d’une moins grande cérébralité et d’une relation personnelle à Dieu.

Le Renouveau charismatique a cependant pu être réduit à ces manifestations spectaculaires ou à un style de prière…

L.L. La communauté de l’Emmanuel se sent un peu à l’étroit dans ce terme de charismatique. Cette sensibilité n’est pas un style ! Quant aux charismes, le seul désir de manifestations extraordinaires
n’est pas sain en soi, ce n’est pas un désir de Dieu. Le Renouveau charismatique doit être tourné vers une plus grande union à Dieu. C’est lui qui est extraordinaire. Il ne faut pas surjouer les charismes comme cela s’est parfois vu, mais si Dieu en donne, sachons les accueillir, quitte à nous laisser surprendre.

En France, comment le Renouveau charismatique a-t-il Fait évoluer l’Église ?

L.L. Il a été un levain permettant que des choses bougent. Je pense par exemple au renouveau dans la prière, notamment la louange et l’adoration eucharistique. Quand je me suis engagé dans l’Emmanuel, il y avait deux lieux d’adoration, à Bordeaux ; toutes les paroisses le proposent désormais.
Quelque chose s’est joué dans ce qui compose la vie fraternelle. Plus jeune, j’allais seul à la messe, car ma famille n’était pas pratiquante. Personne ne me disait bonjour ! Dans le Renouveau, j’ai trouvé une communauté pour vivre ma foi avec d’autres. Aujourd’hui, dans les paroisses, les initiatives se multiplient pour tisser des liens entre les fidèles. Et, bien sûr, il y a eu un renouveau liturgique. Les chants composés par les communautés charismatiques ou par d’autres, comme Taizé, sont devenus des classiques.

Dans les années 1970, le Renouveau charismatique se démarquait aussi par son aspect missionnaire et confessant.

L.L. C’est une conséquence logique d’une rencontre personnelle avec Dieu. Quand on a fait cette expérience forte, on a envie de la partager ! Il y a 25 ans, le terme d’« évangélisation » faisait bondir. Je me souviens d’un prêtre qui m’avait interdit de parler de Dieu quand je visitais des malades. « Vous êtes un dictateur de la foi ! » m’avait-il affirmé. Aujourd’hui, dans les aumôneries
d’hôpitaux mais aussi dans l’enseignement catholique, on a beaucoup évolué sur cette question de l’annonce explicite. Et de nombreuses paroisses se sont lancées dans des démarches missionnaires.

Le Renouveau charismatique n’a toutefois pas permis d’inverser la tendance à la baisse du nombre de pratiquants catholiques en France…

L.L. Si on analyse les choses en termes de tendance, effectivement… Mais on peut affirmer – bien humblement – que sans le Renouveau au sens large il n’y aurait presque plus de vocations ! Dans la communauté de l’Emmanuel, elles sont constantes. Sans compter le nombre de laïcs passés et formés par le Renouveau qui irriguent les paroisses.

Nombre de paroisses ont été confiées à votre communauté. Certains prêtres de l’Emmanuel sont devenus évêques. Avec cette institutionnalisation, ne craignez-vous pas de perdre la « fraîcheur » des débuts ?

L.L. Chez les catholiques, les renouveaux ne peuvent se vivre qu’à l’intérieur de l’Église. Ce n’est pas comme chez les protestants évangéliques, où, quand on reçoit un nouveau charisme, on fonde une nouvelle Église. Participer à la vie de l’institution, c’est donc vouloir vraiment ce renouveau, en acceptant la réalité. En même temps, il faut garder cette « fraîcheur » et cette disponibilité aux signes donnés par l’Esprit saint. Et c’est aux laïcs d’exercer ce rôle de vigie pour amener les problèmes du monde au cœur de l’Église.

Les communautés charismatiques ont connu des crises ces 20 dernières années.

L.L. Crises pour une part liées à leur jeunesse. La question est : comment en réfèrent-elles ? Se font-elle aider par l’Église ? À l’Emmanuel, à chaque crise, en référer à l’institution nous a toujours aidés, comme un enfant qui parle à ses parents. Les crises les plus graves, elles, ont à voir avec une certaine confusion : confusion des états de vie entre laïcs, prêtres et consacrés, confusion des rôles de gouvernement de la communauté et d’accompagnement spirituel, etc.

Le nombre de groupes de prière charismatiques a diminué. Le « moment » du Renouveau est-il passé ?

L.L. L’erreur est de considérer le Renouveau charismatique comme un mouvement, alors qu’il s’agit d’un « courant de grâce », comme le dit le pape François. Les communautés issues de ce jaillissement ne doivent donc pas être centrées sur elles-mêmes mais plongées dans ce courant et se demander sans cesse comment elles se mettent au service de la sanctification du monde. Quel renouveau pour aujourd’hui ?

Comment toucher nos contemporains ?

L.L. Nous devons scruter les signes des temps avec une longue-vue plutôt que dans le rétroviseur, être prophétiques plutôt que nostalgiques.

Propos recueillis par Laurence Desjoyaux pour La Vie

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