Migrants : Témoignages d’évêques sur l’accueil

Dans le dernier numéro d’Il est Vivant, deux évêques issus de la Communauté de l’Emmanuel témoignent de la mise en œuvre de mesures d’accueil envers les migrants dans leur diocèse, Mgr Hermann Glettler et Mgr Xavier Malle.

Témoignage de Mgr Hermann Glettler

Alors qu’il était curé à Graz (Autriche), dans un quartier avec une importante population de personnes immigrées, Hermann Glettler a ressenti comme un appel de Dieu le fait de les accueillir.

Mgr Hermann Glettler (Innsbruck)

Pendant des années, j’étais curé de Saint-André à Graz (Autriche). Cette paroisse est située dans un quartier où vivent beaucoup d’immigrés : des Turcs, et de plus en plus de Nigérians, de gens de République dominicaine et de pays du Moyen-Orient ou d’Asie.

J’ai vu dans quelles difficultés ces gens vivaient. On ne pouvait pas ne rien faire. Ils étaient très pauvres, parfois même maltraités.

Certaines femmes étaient devenues des prostituées pour subvenir à leurs besoins et, quelques années après, leur famille les rejoignait. Les personnes de République dominicaine vivaient aussi des choses dures liées au trafic de drogue. Il y a eu des jours très noirs, avec même, un assassinat.

J’ai compris que ce n’était pas par hasard si j’étais arrivé là, avec toutes ces personnes à accueillir. J’ai reçu cette situation comme un appel du Seigneur. Cela m’a donné une grande force intérieure car je voulais répondre à son appel, là où il m’avait placé.

Concrètement, les choses ont commencé très simplement. Un jour un Africain m’a demandé de célébrer une messe en anglais. J’ai d’abord organisé une traduction pour lui mais cela n’était pas suffisant. Alors, au bout d’un an, nous avons programmé une messe en anglais chaque dimanche pour les Africains.

Cette première initiative a été le début de tout processus : un accueil international s’est développé dans la paroisse. Ayant pris conscience que nous n’étions pas là pour “le petit reste” de catholiques de cette région d’Autriche “bien entre eux”, nous avons saisi que notre mission était de dialoguer et d’accueillir tout le monde, y compris ces personnes provenant d’autres pays et en grandes difficultés. Peu à peu, cette orientation pastorale de la paroisse s’est confirmée. Mais il fallait faire plus encore : permettre à ces personnes de se rencontrer, les aider à régler la multitude de problèmes sociaux auxquels elles étaient confrontées, leur apprendre l’allemand, les assister dans la procédure de demande d’asile, etc. La Caritas s’est donc développée dans la paroisse, avec un accueil des gens quelle que soit leur religion. Cela a beaucoup amélioré la situation. La paix est revenue. Au début quelques paroissiens ont refusé cette ouverture mais peu à peu, ils ont compris. Certains se sont même beaucoup investis dans cet accueil. Ainsi, une femme a créé un groupe de femmes qui se réunit chaque semaine. Ensemble, elles échangent sur l’éducation des enfants, toutes les questions pratiques de la vie quotidienne, et même plus. Cela a créé un vrai lien fraternel entre elles. Nous avons également lancé un café après la messe où nous invitons les gens à se présenter et à raconter leur histoire s’ils le veulent.

Pour les fêtes paroissiales, nous avons donné un vrai espace aux personnes d’origine étrangère à travers la musique, la cuisine, etc.

Nous avons beaucoup changé nos habitudes.

Tout cela a attiré d’autres personnes dans la paroisse, qui est devenue très vivante et internationale.

Un peu plus tard, nous avons organisé le catéchuménat pour des personnes venues d’Iran ou d’Afghanistan. La paroisse propose des catéchèses en farsi et en arabe.

Le nombre de catéchumènes a crû. La nuit de Pâques, chaque année, j’ai baptisé 8 ou 10 personnes.

Cette attitude d’accueil envers les étrangers a finalement imprégné toute la vie de la paroisse et l’a transformée. L’engagement envers ces personnes a également fortifié notre union au Christ, notre vie de prière. Nous prions pour elles. Devant le Saint-Sacrement, j’invite les paroissiens à être là, devant le Christ, aussi en leur nom, comme des intercesseurs.

Bien sûr, certaines personnes de Graz sont contre ces initiatives de la paroisse, par crainte notamment de perdre leur identité nationale. Je leur réponds : « C’est en répondant à l’appel du Seigneur que l’on trouve sa véritable identité. Alors, n’ayez pas peur ! »

15 ans après le début de cette aventure paroissiale, des personnes que nous avons aidées sont bien intégrées. Des jeunes ont fondé des familles, et leurs enfants sont même parfois les premiers de la classe !

C’est en acceptant la vulnérabilité du Christ, son cœur ouvert, que nous pouvons mieux accepter notre propre vulnérabilité. Alors, nous pouvons nous tourner vers ceux qui nous sont étrangers et ils peuvent devenir des frères à aimer.

Témoignage de Mgr Xavier Malle

Début août, nous avons constaté une arrivée de migrants mineurs par groupe de dizaines, en provenance de Guinée en majorité. La “route du sud” ayant été bloquée par les autorités, ils montent désormais plus au nord, quitte à passer par la haute montagne. Ils prennent de vrais risques. En 2016, le département des Hautes-Alpes avait pris en charge 70 mineurs ; ils seront près de 1 000 en 2017 !

Le curé de la cathédrale m’a contacté en me demandant si j’acceptais qu’on leur ouvre les salles paroissiales afin qu’ils ne dorment plus dehors. Je lui ai bien sûr donné mon accord.
Ainsi, nous avons accueilli jusqu’à 60 mineurs dans ces salles qui n’étaient pas conçues pour : il n’y avait par exemple qu’une douche pour soixante ! Les associations nous ont procuré des lits superposés et aidés pour les repas. Au début, le département distribuait à ces jeunes un ticket repas par jour. Maintenant ce sont les paroissiens, aidés des associations caritatives, qui assurent les trois repas quotidiens. Actuellement, il y a en effet toujours une trentaine de migrants qui logent dans les salles paroissiales.

Ordonné évêque en juin dernier, j’ai pris conscience que les bénévoles avaient besoin d’être soutenus et j’ai créé une commission « migrants » animée par un délégué épiscopal. Nous faisons régulièrement le point sur la situation et sur les contacts avec les associations et les services administratifs.
Par ailleurs, je suis en contact direct avec le préfet.

Notre devoir, face à une telle situation d’urgence, c’est d’essayer de vivre l’Évangile selon saint Matthieu, au chapitre 25 : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli ; j’avais faim, et vous m’avez donné à manger… » Le primat de la charité. C’est très clair. En même temps, en tant qu’évêque, je me dois de soutenir les équipes de chrétiens investis, et d’expliquer à tous ceux qui sont plus critiques que c’est notre devoir d’accueillir ces jeunes. J’ai fait quelques homélies assez fermes sur le sujet, tout en précisant qu’il ne s’agissait pas pour moi de rentrer dans le débat politique. Ces jeunes sont là, on ne peut pas les laisser dormir dehors. Ici, il gèle la nuit. Il faut donc les accueillir.

Et je constate que Dieu est à l’œuvre ! Un fioretti parmi d’autres : un migrant s’est lié d’amitié avec les Petites sœurs de Jésus et il a pu poursuivre des études. Il a été baptisé à Pâques dernier.

Ecusson de Mgr Malle

 


Il est Vivant n°338 – Extraits choisis :


 

ÉDITO : Apprendre à scruter les signes des temps

POINT DE REPÈRE : Migrations, le regard de l’Église

TÉMOIGNAGE : Isabelle : « Dieu me parle à travers les personnes étrangères qu’il met sur ma route. »