Dieu transmet sa miséricorde aux détenus du Cameroun

Laïque consacrée de la Communauté de l’Emmanuel, Isabelle Becret est en mission à Douala au Cameroun auprès des détenus de la prison de New Bell. Pour transmettre la grâce de la miséricorde aux détenus, elle a eu l’idée de monter une porte sainte au cœur de la prison. Informé de cette initiative, le pape François s’est adressé personnellement aux prisonniers de New Bell.

« Ma pensée va aussi aux détenus, qui font l’expérience de la restriction de leur liberté. Le Jubilé a toujours constitué l’opportunité d’une grande amnistie, destinée à toucher de nombreuses personnes qui, bien que méritant une peine, ont toutefois pris conscience de l’injustice qu’elles ont commise, et désirent sincèrement s’insérer à nouveau dans la société en apportant leur contribution honnête. Qu’à toutes ces personnes parvienne de façon concrète la miséricorde du Père qui désire être proche de ceux qui ont le plus besoin de son pardon. Dans les chapelles des prisons, elles pourront obtenir l’indulgence et, chaque fois qu’elles passeront par la porte de leur cellule, en adressant leur pensée et leur prière au Père, puisse ce geste signifier pour elles le passage de la Porte Sainte, car la miséricorde de Dieu, capable de transformer les cœurs, est également en mesure de transformer les barreaux en expérience de liberté. »
Pape François à l’occasion du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde

Comment cette porte sainte est-elle arrivée dans la prison de New Bell ?

J’avais lu une lettre du pape François du 1er septembre 2015 où il dit qu’il souhaite que la miséricorde arrive à l’intérieur des prisons, « car la miséricorde de Dieu, capable de transformer les cœurs, est également en mesure de transformer les barreaux en expérience de liberté. » Ma question était : « Comment va-t-on le vivre sur place ?” Beaucoup d’entre eux n’ont pas de cellule et il n’y a pas de chapelle en tant que telle. Pendant une insomnie, j’ai eu l’image d’une porte sainte, amovible, par laquelle les prisonniers pourraient passer. Cette idée est restée plusieurs jours dans mon esprit, jusqu’au moment où je me suis dit : « Si ce n’est pas de Dieu, le projet tombera, si c’est de Dieu il avancera. » Je suis allée voir l’aumônier de la prison et je lui ai dit : « J’ai une idée un peu farfelue, qu’est ce que vous en pensez ?» Il a répondu : « Tu t’en occupes tout de suite. Vas y, c’est bien.»Quand le projet de la porte a été prêt, l’aumônier a demandé l’autorisation à l’évêque. Il a accepté. Et est venu l’installer.

Le 24 décembre, comme chaque année, l’évêque est venu célébrer la messe à la prison. Il a passé la porte le premier, puis tout le monde l’a passée. Malheureusement je n’étais pas là le jour même. Quand je suis rentrée, les détenus étaient très heureux, il y a eu beaucoup de témoignages.

Ensuite, la porte a été ressortie pour les fêtes, puis on l’a installée chaque dimanche. L’aumônier propose aussi de la passer après une confession. On a vécu comme ça, je voyais bien que c’était un support pour amener les détenus au pardon. En effet, nombreux sont ceux qui ont beaucoup de haine contre les personnes qui les ont mis en prison, qu’ils soient coupables ou non. Mon travail auprès d’eux consiste principalement à les aider à s’apaiser, à pardonner, pour pouvoir ensuite se reconstruire.

Comment le pape François a-t-il été informé de cette initiative?

Un membre de la Communauté de l’Emmanuel qui me soutient dans ma mission m’a envoyé ce message : « J’ai été particulièrement touché par ton rapport sur l’année sainte et l’érection de la porte sainte que tu as dressée dans la cour de la prison. En le lisant je me suis dit :  “le Pape François devrait lire cela pour son encouragement et pour savoir que ses messages et actes sont reliés jusque dans les cours des prisons au fin fond de l’Afrique…” Cette idée me taraudait au point que j’ai contacté un ami haut placé que je rencontrais très régulièrement à Rome. Je lui ai envoyé ton rapport par courrier en lui demandant s’il n’était pas possible de le faire aboutir sur le bureau du pape. » J’étais émerveillée ! C’était une surprise de l’Esprit Saint ! Surtout que je revenais d’une retraite personnelle où ma décision était de vivre cette Parole : « …Nous sommes de simples serviteurs, nous avons fait ce que nous devions faire » (Luc 17,10) pour servir avec humilité.

Quand je suis arrivée à la prison le mardi suivant, les prisonniers étaient dans l’exultation. Ils m’ont dit : « Est ce que vous savez ce qui s’est passé ? On a cherché à vous joindre. Le pape nous a envoyé un message ! »En effet, le pape avait envoyé aux détenus de New Bell une lettre magnifique (lire encadré) et Monseigneur Kleda est venu célébrer une messe avec les détenus pour leur délivrer le message du pape le 3 septembre 2016. Ce jour là le texte de la 1ère lecture était : « …. Jusqu’à présent, nous sommes pour ainsi dire l’ordure du monde, le rebut de l’humanité »(1 Co4,13). J’ai passé ma journée à écouter des témoignages, des actions de grâces. C’était comme si on touchait le ciel. C’était le Magnificat ! Mon âme exalte le Seigneur, il a jeté les yeux sur son humble servante. Il a jeté les yeux sur les « rebuts » de la société !

Quels ont été les fruits de ces événements ?

Ce que j’ai ressenti à travers cette histoire, et que j’expérimente chaque jour avec les détenus, c’est que l’amour de Jésus, l’amour du Père, n’a pas de frontières. Le message du pape a été un signe. Les prisonniers ont été profondément rejoints, ils ont eu l’impression que François était dans la prison. Je vois des personnes qui changent très profondément, parce qu’ils découvrent qu’on s’intéresse à eux, qu’elles ont de la valeur. Elles ont vécu cette parole : « Tu as du prix à mes yeux et je t’aime. » Même pour les non-catholiques cela a été important.

Le témoignage qui m’a le plus marqué c’est celui d’un détenu de l’équipe de responsables de la communauté catholique. Il m’a dit : « Il a fallu que je vienne en prison pour savoir que j’étais important aux yeux de Dieu, aux yeux des hommes. Et dire que le pape pense à nous, à chaque fois qu’il va à l’autel. » Un autre « A travers cet appel à recevoir la miséricorde, je comprends que si tu te mets en colère, tu dois chercher les voies et moyens pour que cela n’arrive plus. »

Lettre du Pape François aux détenus >

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