La sainteté par Pierre Goursat

Que disait Pierre Goursat de la sainteté ? Lisons un de ses enseignements sur le sujet pour nous préparer à la fête de la Toussaint.

Mes chers amis, c’est un message d’espérance que je veux vous transmettre.

Alors vous savez qu’on a eu cette retraite à Alençon sur la sainteté dans le quotidien. Alors je ne vais pas recommencer, rassurez-vous, ce que vous a dit beaucoup mieux que moi Guy Gaucher, mais je voulais quand même vous préciser que, ce que Guy Gaucher a bien dit, c’est qu’on n’a pas comme modèle Thérèse de l’Enfant Jésus. Thérèse a une mission. Elle dit à la fin de sa vie : « Je sens que ma mission va commencer, de faire aimer le Bon Dieu comme je l’aime et de donner au monde ma petite voie de confiance et d’abandon. » C’est ça, sa mission et c’est là où nous devons la suivre. Et de faire les petits exercices, les petits sacrifices qu’elle a faits. Et non pas la vie héroïque qu’elle a menée jusqu’au martyre, parce que le Seigneur voulait consacrer officiellement si on peut dire, cette petite voie et pour cela, il voulait une grande sainte. Pour qu’on ne se dise pas : “ Mais oui, mais ça, c’est des peccadilles, c’est des petites choses de bonne sœur ”, mais c’était vraiment très sérieux. Et il répétait en somme pour elle ce qu’il avait dit à Angèle de Foligno : “ Ce n’est pas pour rire que je t’ai aimée ! ”. Elle a donc souffert horriblement – le désespoir même – pour sauver les pécheurs endurcis.

Alors ça n’est pas la voie que nous avons à mener, mais justement, à sa suite, on a une voie toute tracée, qui est toute simple, en disant : “ Aimer le Bon Dieu comme je l’aime. ” Et donnons-nous à cette petite voie de confiance et d’abandon. Et surtout souvenez-vous, si vous avez jamais l’intention de commencer [à vouloir être] des grandes fausses mystiques à la manière de Thérèse de l’Enfant Jésus, vous vous direz que, à ce moment-là, il faut que vous soyez gai comme un pinson. Alors quand vous commencerez à souffrir et que vous [serez] gai comme un pinson, alors je vous paie des flûtes, là, c’est très bien. Mais si vous n’êtes pas gai comme un pinson, alors là, ça ne va pas du tout.

Alors, la sainteté, c’est très gentil, on en parle beaucoup. C’est un peu comme la croix : il y a ceux qui en parlent et ceux qui la portent. Alors pratiquement, moi, j’ai été pendant 20 ans – donc j’ai pas mal d’années, j’en ai 20, 30, 40, 50, 60, 200, 500, enfin ce n’est pas très gênant au point où j’en suis – mais j’étais resté au moins 20 ans au pied d’une muraille lisse . Et je disais : “ Mais bon sang, comment je peux arriver à monter au-dessus ? ” Alors je voyais de temps en temps une ou deux têtes qui émergeaient et je me disais : “ Par où [sont-ils] passés, ceux-là ? ” Alors ils me faisaient des petits sourires , et puis j’essayais de monter et puis hop, je redégringolais tout le temps. Alors une fois j’ai trouvé quelqu’un que vous connaissez bien, il arrive avec son petit nuage , il tourne trois tours et puis hop ! il passe au-dessus. Je dis : “ Évidemment, il a un petit nuage. » Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Mais tout le monde n’a pas un petit nuage ! Alors Thérèse de l’Enfant Jésus nous a dit : “ Il y a un ascenseur pour les gens riches ”. Ça voulait dire que je devais être très pauvre, parce que, moi, je n’ai jamais trouvé l’ascenseur, qui arrivait à me faire monter. Ou alors quand je voulais en sortir, c’était encore plus grave, il tombait en panne ! Alors je me demandais comment on peut arriver à monter comme ça.

Alors finalement, je crois qu’il y a plusieurs méthodes. Comme dit Thérèse de l’Enfant Jésus, « J’ai commencé par des petits sacrifices ». Mais des tous petits sacrifices. Les plus petits que vous pouvez trouver. Dès que vous en trouvez un peu un gros, dites : “ Ah ! non, il est encore trop gros ”. Alors vous cherchez et vous dites : “ Non, il est encore trop gros. ” Vous prenez le plus petit. Alors, le plus petit, petit, ce n’est pas fatigant ! Mais vous dites : “ Moi, je vais quand même faire des petits sacrifices. ” Alors vous [prenez] cette habitude et puis, petit à petit, ça commence à amorcer, et puis ça commence à aller mieux. Et puis, vous prenez l’habitude. Par exemple, cette charmante jeune fille, ou jeune femme, ou vieille femme – ce n’est pas gênant – elle sourit. C’est charmant, un sourire. Et plus elle est vieille, plus elle sourit, plus c’est charmant. Parce qu’on n’a pas l’habitude de les voir sourire, en général. (Pierre fait un bruit grincheux) elles sont toujours comme ça. (Rires) Alors on leur marche sur le pied . Elles n’ont pas toutes des cors aux pieds, il ne faut quand même pas exagérer ! Mais enfin, quand même, ça ne leur fait pas tellement de bien. Eh bien, elle prend l’habitude de sourire. Thérèse dit : “ Chaque fois que j’avais une petite contrariété, je souriais. ” Très bien. Comme elle avait un très joli sourire… D’ailleurs malheureusement, on ne l’a pas vu sur les photos. Toujours par humilité, elle s’est fermée et alors, on n’a jamais vu son sourire. C’est bien embêtant, mais enfin, c’est comme ça. Donc elle souriait en dehors des photographes, elle souriait et ça la rendait pas mal . Et elle a dit qu’à la longue, elle a pris l’habitude de sourire ! C’était devenu un tic ! Dès qu’elle avait mal, elle souriait. On disait : “ Ça va bien ! ” . C’était pas un sourire commercial, c’était un sourire charmant, c’était un sourire surnaturel. Alors, elle souriait. Donc évidemment, si nous faisons ça, c’est très agréable pour la communauté.

Alors il y a d’abord ça. Alors ce sont des petites mortifications minuscules. Parce que sainte Thérèse, c’était une grande sainte ; elle avait dit : “ Moi, je veux marcher comme les autres. Et alors, je vais prendre des mortifications ”. Mais alors elle a fait une petite mortification, ça lui a fichu un abcès. Elle s’est dit : “ Zut alors ! Ce n’est pas pour moi. Je suis trop petite pour faire ça ! ” Alors elle a fait des petites mortifications d’amour-propre. Vous savez, les blessures d’amour-propre, c’est ce qu’on oublie le moins. Et les grands hommes politiques ne marchent que par l’amour-propre. Et il y avait un ambassadeur d’Amérique latine qui disait : “ Mais vous ne pouvez pas vous imaginer ce que ces grands hommes, parce qu’il y a eu un petit détail – on leur a fermé une porte au nez, on leur a dit… n’importe quoi – ils sont vexés et ils ne peuvent plus souffrir un tel, ils ne veulent plus faire un accord avec lui. C’est effrayant de voir comme des petites choses d’amour-propre ont des conséquences énormes sur le plan international. Alors il faut prier à ce moment-là, leur dire : ‘Il est un peu vexé, mais essaie de te raccommoder avec lui.’ »

Alors donc ces petites mortifications d’amour-propre, c’est donc très important parce que vous voyez à quel point ça amène les gens. Et par exemple, Thérèse de l’Enfant Jésus, comme dit le père Guy Gaucher, n’était pas sainte depuis sa naissance ! Il ne faut pas raconter des histoires. Et alors quand elle est entrée au noviciat – vous savez, à 15 ans, ce n’était pas très drôle ! – et alors, devant toutes les religieuses réunies, il y a sa supérieure qui voulait la mater. Elle a bien réussi ! Et alors finalement elle lui a dit : “ Oui ! Regardez le cloître. On voit bien que notre cloître est balayé par une enfant de 15 ans qui laisse des toiles d’araignée ” Alors elle s’est dit : “ Zut ! C’est charmant ! ” Alors elle a dit : “ Oui, c’est très bien ”. Et puis une autre fois, une chose encore plus ennuyeuse, c’était un petit vase. Vous pensez, un petit vase, comme c’est important dans une maison religieuse ! Alors un petit vase qui a été cassé. On n’a jamais su qui l’avait cassé, mais on a dit : “ C’est Thérèse de l’Enfant Jésus ”. Et elle n’a rien dit. Et elle dit : “ Je n’ai rien dit ! Mais je me disais : Ah là ! Là je ne dis rien, mais il faut vraiment que je pense qu’au ciel, ça sera éclairci ! ” (Rires) Oui mais c’est ça ! Alors pensez à ça. Quand vous avez un (…), vous dites: “ Bon ! Ce sera éclairci au ciel ! ” Alors comme ça, elle a commencé à accepter des petits sacrifices. Et puis ça marchait comme ça.

Alors je crois que l’ascenseur le plus extraordinaire, c’est l’humilité. Alors pour [acquérir] l’humilité, il faut faire des actes d’humilité. Et pour faire des actes d’humilité, souvent il y a des humiliations. Alors notre amour-propre en a un bon coup, c’est un peu embêtant. Alors il faut commencer par des toutes petites choses ! Parce que nous sommes très sensibles sur ce côté-là. Enfin, moi, je parle pour moi ! Bien sûr pas pour vous ! (Rires) Alors faisons très attention. Mais je vous promets que c’est étonnant.

Alors il faut surtout se dire : “ Bon alors, au début, je vais passer pour un idiot. On va dire : ‘Il est malin ! Il dit toujours oui ! Il sourit tout le temps. Il n’a pas de caractère, ce type-là.’ ” Et puis, petit à petit, le Seigneur va laisser faire, justement pour qu’il en prenne une bonne dose , petit à petit. Et puis, un beau jour, il va commencer à dire : « Ça commence à bien faire ! » Alors, à ce moment-là, il va se retourner contre les autres et il va les abrutir complètement. Vous allez voir l’histoire ! Par exemple, il y avait… comment s’appelle-t-il ? saint Antoine de Padoue – j’ai failli perdre son nom (rires) ; on ne peut plus le prier , j’ai perdu son nom ! (rires) Alors saint Antoine était un être extraordinaire, très intelligent, très fin, qui avait beaucoup travaillé. Et puis, il était toujours humble, on le prenait toujours pour le dernier des imbéciles. Alors on le mettait toujours aux… [tâches les plus simples]. Et puis, catastrophe, un jour, pof ! le conférencier, l’orateur n’était pas là. Alors on cherche un prêtre, on ne trouve plus que lui. Alors on se dit : “ C’est charmant ! Il faut le faire le monter, il faut qu’il dise n’importe quoi, mais enfin qu’il parle ! ” Alors il dit : “ Ah bon ! Si vous voulez ! Je veux bien ” Et il a parlé d’une manière tellement extraordinaire qu’ils ont tous été comme des ronds de… ce que vous voulez , vous voyez ce que je veux dire ! (rires) Et alors ils ont compris ! Ils se sont dit : “ Mais alors, il a de l’humilité. Pourquoi ne nous a-t-il pas dit tout ça avant ? ” Parce que nous, on est tellement malin, on a l’air de juger les gens comme ça, et voilà.

Et ceci, c’était très frappant. Le brave Saint Thomas d’Aquin, c’est la même chose qui lui est arrivée. Vous savez, on l’a appelé le bœuf muet. C’était un type énorme, tellement gros qu’on avait fait un trou dans la table pour qu’il puisse s’asseoir. C’est terrible ! Et alors, donc, lui, il était jeune, il ne disait pas un mot. Et alors, charitablement, un étudiant se dit : “ ce pauvre garçon, il faut quand même qu’on lui explique ! ” Alors il commence à lui expliquer quelque chose, et l’autre, toujours gentiment, écoute bien. Et puis à un moment, le type se trompe. Alors il lui dit : “ Mais, tu ne crois pas que ça serait comme ça ? ” Alors il lui donne une explication tellement extraordinaire que l’autre se dit : “ Mais il est inouï alors ! ” Il s’était coupé.

Alors, vous voyez, alors c’est comme ça. Alors, rassurez-vous que si vous êtes dans l’humilité, si on vous prend pour un imbécile, si on vous prend pour une idiote, n’importe quoi, dites : “ Seigneur, je t’offre tout ça. Mais ne t’en fais pas ! Avant quelques mois, je vais avoir ma revanche ! ” Et c’est le Seigneur qui te la donnera très gentiment sans que tu aies besoin d’aller au ciel pour ça. Alors vous voyez, ayez confiance ! Dites : “ C’est encore un truc de quelques mois ! Et après j’aurai une auréole de sainteté, une réputation de sainteté, ça sera extraordinaire ! ” Un homme humble et en même temps, qui a une réputation de sainteté, ça, c’est magnifique ! Ça, c’est un premier point.

Alors, le deuxième point, les petites mortifications. Alors ça, c’est surtout pour les messieurs, parce que les dames… tiennent bien leur langue , mais surtout les hommes, il faut faire attention. Alors donc, on parle un peu trop, et quand on parle un peu trop, eh bien on parle un petit peu trop et on dit quelquefois des choses qui vous échappent. Des choses qui ne sont pas toujours très agréables pour le voisin. Alors [je vous propose de dire] : “ Quand je n’ai pas envie de parler, je parle. Quand j’ai envie de parler, je me tais. ” Enfin, vous voyez, le contraire. Ce n’est pas difficile, on fait toujours le contraire de ce qui nous plairait. Comme ça, on arrive à une certaine maîtrise de soi. Alors évidemment, c’est pratique, parce que comme ça, au moins, on ne dit pas de mal des autres. Et puis alors, il y en a qui disent : “ Oh ! moi, je ne peux pas. J’ai un tel esprit critique, je vois tout de suite le point ! “ . Je dis : “ C’est parfait ! Si tu pouvais retourner ça sur toi, ça serait aussi bien. ”. Mais enfin, c’est comme ça. Il voit surtout sur les autres. L’autre, c’est difficile. Alors c’est que c’est comme ça. Alors je dis : “ A ce moment-là, si tu as un esprit si perspicace, tu pourrais peut-être voir les qualités qu’il a ” – “ Ah, non ! je ne voyais que les défauts. ” – “ Eh bien, essaie de chercher ! ” Alors si on cherche vraiment en priant le Seigneur et en disant : “ Seigneur, vraiment montre-moi les qualités de ce pauvre type. Il n’a pas beaucoup de qualités, mais enfin, aide-moi à en trouver au moins une ! “ Le Seigneur va vous en montrer des quantités ! Ah ! Mais c’est inouï !. Mais alors finalement, vous allez l’aimer beaucoup ! Et puis vous allez oublier les petits défauts qu’il pourrait avoir.

Mais vous savez, si je vous sers des petites plaisanteries comme ça, c’est que c’est vrai ! Le Seigneur vous fait avancer dans ces choses-là. Surtout si on lui demande ! Parce que si on agit tout seul, ça ne va pas très loin. La maîtrise de soi , ça fait du jansénisme, ça fait des spartiates, à la limite, ça fait des fascistes, mais ça ne fait pas des chrétiens. Tandis que si on demande au Seigneur d’avancer comme ça, le Seigneur vous fait avancer dans ces petites choses. Et puis alors, ça vous met quand même dans un esprit de charité par rapport aux autres.

Alors, ça, c’est toujours un problème. Alors il y a un autre [moyen] qui est épatant aussi, ce sont les petits services. Chaque fois qu’on demande quelque chose, plus c’est bête, plus c’est embêtant, plus vous dites : “ Oh mais moi, je voudrais y aller ! ” Alors on dit : “ Celui-là, il est toujours bête, il accepte toujours tout ! ”Alors on lui colle tout. Et alors il dit : “ Mais moi, je suis comblé. Ils me donnent tout. ”

Et petit à petit, vous verrez que ça vous fait changer ! Et alors, on commence à devenir heureux. Et alors, on arrive à peser moins lourd. Et alors, je ne vous dis pas du tout que vous êtes en état d’apesanteur ! Parce que sans ça, vous auriez mal au cœur. Mais vous commencez à « boum, boum, boum » comme ça. Et alors un beau jour, sans faire attention, boum, vous arrivez encore plus haut, et vous arrivez à passer par-dessus le mur. Et vous retombez de l’autre côté, et c’est très, très, très bien. Alors je ne vous dis pas comment ça est, parce que si vous saviez, vous verriez ! Mais enfin, vous voyez, c’est ça le problème. Et c’est ça parce que vous avez laissé beaucoup d’amour-propre : vous avez laissé un peu d’amour-propre à droite, à gauche ; des petits sacrifices comme ça, et ça vous transforme. C’est tout bête, mais c’est tout simple. Voilà. Vous n’avez pas l’air très convaincus, mais enfin, ça ne fait rien. Essayez et vous verrez.

[…]

Extrait d’un enseignement donné au week-end communautaire des 14 et 15 juin 1980.


En savoir plus sur la cause de canonisation de Pierre Goursat

Consultez la page dédiée à sa cause de canonisation.

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