Découvrir les icônes de la chapelle de la Domus (Paris)

Suzanne Kent, membre américaine de l’Emmanuel, est repartie vers le Père le 15 septembre dernier à 45 ans. Son départ est l’occasion de rendre grâce pour sa vie en vous faisant découvrir la chapelle de la Domus Emmanuel à Paris dont elle avait écrit les icônes murales. Visite guidée par le Père Dominique-Marie David.

La Domus Emmanuel est le lieu où sont regroupés les principaux services missionnaires communs de la Communauté de l’Emmanuel situés à Paris (89-91 boulevard Auguste Blanqui, 75013 Paris). Au sous-sol, une jolie petite chapelle a été aménagée pour la prière. Du lundi au vendredi, un temps de louange a lieu chaque matin à 9h et l’Eucharistie est célébrée à 12h (presque chaque jour). La chapelle reste ouverte entre 9h et 18h pour ceux qui veulent venir y prier. Vous y êtes les bienvenus ! Nous vous faisons découvrir ci-dessous cette chapelle dont Suzanne Kent avait écrit les icônes murales.

1. La chapelle de l’Emmanuel – présentation générale

Si cette chapelle est avant tout un lieu de silence, de rencontre avec le Seigneur, de prière personnelle et communautaire, c’est fondamentalement un lieu d’accueil. Dans ce lieu, nous sommes accueillis par Dieu Lui-même. Ce ne sont pas seulement ceux qui ont conçu cette chapelle, mais aussi le Seigneur qui veut que tous s’y sentent les bienvenus, qu’ils y soient bien quand ils y viennent seuls, en petits groupes ou en grande assemblée. De fait, quand nous sommes réunis ici, nous ne sommes pas seulement juxtaposés, mais rassemblés.

L’accueil et le rassemblement sont surtout exprimés par le mur qui occupe le fond de la chapelle. Les extrémités de ce mur ressemblent à deux bras, deux bras qui s’ouvrent et qui rassemblent. Ce mur est un peu à l’image de l’Église dont les bras maternels sont largement ouverts. Elle est le grand arbre dont parle Jésus dans l’Évangile, qui abrite à son ombre tant d’oiseaux divers et multiples, unissant leurs chants pour louer le Très Haut. Les bras de l’Église sont ouverts et en même temps fermes et solides. L’Église est « Mater et Magistra », « Mère et Enseignante ». Ce n’est pas une ouverture sur le vague et l’inconsistant. Il y a des bornes, des limites, des repères. Mais si ces bras nous accueillent, ils ne nous enferment pas. Nous pouvons même y voir une légère allusion à la colonnade de la Place S. Pierre de Rome. Se trouve ainsi exprimé discrètement mais réellement notre attachement au saint Père et notre prière fidèle en ce lieu pour son ministère de charité (bras ouverts) et de communion (bras qui rassemblent).

Nous avons souhaité que cette dimension soit rappelée dans les principaux éléments du mobilier liturgique : l’autel, l’ambon et le siège de présidence qui présentent tous une ouverture en creux :
– l’ouverture de l’autel rappelle que sont bienheureux tous les invités au festin des noces de l’Agneau.
– l’ouverture de l’ambon signifie que la Bonne Nouvelle doit être proclamée à toutes les nations.
– l’ouverture du siège de présidence symbolise la charité de l’unique Pasteur qui veut conduire toutes ses brebis et les unir en un seul troupeau.
Dans ces trois éléments principaux du mobilier liturgique, nous retrouvons ainsi les trois aspects de la mission du Christ : Prêtre (autel), Prophète (ambon) et Roi (siège).

A l’image du Christ et de son Église, chacun des fidèles est appelé à vivre à la fois l’ouverture et la communion, dans l’amour et la vérité.

2. Le Mystère de la Sainte Trinité

Au cœur de l’Église dont les bras nous accueillent et nous rassemblent, resplendit le Mystère de la Sainte Trinité.
Le Père tout puissant et créateur de l’univers entier, source de toute grâce et de toute bénédiction. Le Fils, « Agneau immolé depuis la création du monde » (Ap 13, 8 selon la Vulgate) et l’Esprit qui procède du Père et repose en plénitude sur le Fils.
Pour contempler le Mystère de la Trinité, nous pouvons partir des symboles suivants :
– La nuée, à la fois obscure et lumineuse qui, dans l’Ancien Testament, qui cache et, en même temps, révèle le Mystère du Dieu transcendant, inaccessible et qui se fait proche de son Peuple et prend soin de lui.
– La colombe, signifiant l’Esprit qui ici, descend presque « en piqué ». Elle est en même temps légère et quasi transparente. Si l’Esprit est ici représenté d’abord sous la forme d’une colombe, on reconnait aussi d’autres images (vent, eau, feu)
– L’Agneau recevant en plénitude l’onction du Saint-Esprit.

Nous avons là une référence explicite à la première manifestation explicite de la Trinité, au moment du Baptême de Jésus (qu’on appelle aussi Théophanie). Nous pouvons nous souvenir des paroles qui ont accompagné cet évènement : « Tu es mon Fils bien aimé, tu as toute ma faveur » (Mc 1,11) … « Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est Lui qui baptise dans l’Esprit Saint » (Jn 1,33) … « Voici l’Agneau de Dieu qui porte et enlève le péché du monde » (Jn 1, 29).

Si nous prenons un peu de recul, nous avons comme une correspondance de l’Agneau et du Christ en Croix. Et c’est précisément la Croix qui fait le lien entre l’onction de l’Esprit Saint reposant en plénitude sur le Fils et le don de l’Esprit Saint répandu sur les Apôtres. En partant du mur du fond, l’onction se répand d’abord sur la Tête puis, avec la Croix et le creux de l’autel, sur les membres de son Corps. C’est à travers l’Agneau immolé sur la Croix que l’Esprit Saint est répandu sur l’Église et sur l’univers entier. Voilà pourquoi rayons et langues de feu sont présents à la fois dans le creux de l’autel et sur le mur du fond. Les langues de feu qui sont largement répandues rappellent que son action déborde même les limites visibles de l’Église. C’est comme une pluie de feu qui, déjà, se répand sur l’univers.

Nous comprenons que l’Esprit Saint est à l’œuvre dans le monde (comme le dit la Prière Eucharistique : « (le Christ) a envoyé d’auprès (du Père), comme premier don fait aux croyants, l’Esprit qui poursuit son œuvre dans le monde et achève toute sanctification) ».

Nous voyons comme une ligne directe entre le Père, l’Esprit Saint, le Fils, la Croix et l’Église. L’autel est avant tout le lieu de la rencontre, de l’accomplissement du dessein du salut de Dieu.

3. Les meubles liturgiques

Nous avons souhaité respecter la structure ordinaire de l’espace liturgique en l’adaptant au mieux à l’espace dont nous disposions.
En premier nous remarquons la correspondance des deux tables : la table de la Parole et la table de l’Eucharistie… auquel s’ajoute le siège de présidence.

3.1. La table de la Parole (ou ambon) :
C’est le lieu de la proclamation de la Parole. On n’y fait rien d’autre que lire la Parole de Dieu ou prêcher sur la Parole (la seule exception concerne les intentions de la prière universelle). L’ambon n’est donc pas un simple pupitre fonctionnel. C’est vraiment la table de la Parole où nous est proposée quotidiennement la nourriture pour notre foi. L’ambon, habituellement fixé au sol, symbolise la solidité de la Parole de Dieu : « Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas ». Vatican II nous rappelle… : « Il est là présent dans sa Parole, car c’est Lui qui parle tandis qu’on lit dans l’Eglise les Saintes Écritures ».
Nous avons choisi de placer l’ambon « du côté de l’Incarnation » (fresque de la Nativité) : « Le Verbe s’est fait chair ; Il a demeuré parmi nous ». Lorsque nous proclamons et entendons l’Écriture Sainte, nous souvenons que la Parole de Dieu a pris chair et s’est rendue visible à nos yeux. Quand les anges annoncent la nouvelle de la naissance de Jésus, ils les invitent à « aller voir la Parole ». Ici, nous comprenons que la Parole se fait à la fois entendre et voir. « Les bergers s’en retournèrent, glorifiant et louant Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu » (Lc 2, 20)

3.2. La table de l’Eucharistie (ou autel) :
Nous voyons bien comment les deux tables se répondent. L’Église demande que le lien entre les deux apparaisse très clairement dès qu’on entre dans le lieu de célébration. Ce n’est pas non plus un meuble fonctionnel. L’autel est avant tout le signe du Christ, Pierre angulaire au cœur de son Église. Elle est aussi et inséparablement l’autel du sacrifice et la table du repas eucharistique.

3.3. Le siège de présidence :
Il est situé « du côté du Christ ressuscité et miséricordieux ». Nous remarquons la similitude des deux sièges (celui du Christ sur la fresque et celui en bois du prêtre), rappel que c’est bien le Christ qui préside la liturgie, qui officie et célèbre en tant que Grand-Prêtre. Ce siège n’est pas non plus seulement fonctionnel. Il a une signification profonde, surtout quand le prêtre y est assis, signifiant la présence du Christ pasteur de son peuple. Pourtant, même quand ce lieu est vide et le siège inoccupé, ce dernier garde toute sa signification : il rappelle que ce siège est avant celui du Christ et qu’il trouvera sa destination ultime quand le Sauveur, à la fin des temps, « viendra dans sa gloire… et prendra place sur son trône de gloire » (cf. Mt 25, 31). Voilà pourquoi nous ne le retirons pas en dehors des célébrations et, lorsque nous voyons ce siège vide, nous affermissons notre espérance de la venue de Jésus en gloire, lorsqu’il prendra définitivement place sur son trône de gloire. Nous comprenons que, pour entrer dans la contemplation de ce mystère du Christ « déjà présent » et « pas encore pleinement manifesté », il importe que ce siège soit parfois occupé et parfois inoccupé.

C’est d’ailleurs un grand principe de l’espace liturgique. Tout n’est jamais occupé en même temps : il y a toujours un ou deux lieux vides qui expriment notre attente du plein accomplissement. Soit le prêtre est au siège de présidence ; il n’est alors ni à l’ambon ni à l’autel. Soit il est à l’ambon et il quitte le siège. Soit il est à l’autel, il n’est alors ni à l’ambon ni au siège.

3.4. Le tabernacle :
Tabernaculum, en latin, signifie la tente, référence à la Tente de la Rencontre de l’Exode. Mais ce n’est plus seulement la Tente transitoire du désert, ce n’est même plus le Temple de Jérusalem, c’est le nouveau Temple de Dieu, l’Agneau transpercé mais debout, immolé mais vainqueur. Nous remarquons quelques similitudes avec les deux autres fresques : l’Agneau est aussi petit que l’Enfant Jésus, mais aussi glorieux que le Christ miséricordieux (dont il épouse les couleurs et la plaie au côté).
Contrairement aux autres lieux dont nous avons déjà parlé qui sont parfois inoccupés, ce saint lieu est toujours occupé !

3.5. La crédence :
C’est le lieu de la préparation. Dans la tradition orientale, c’est un lieu qui n’est pas visible de l’assemblée, mais qui est pourtant mis en valeur tout près du sanctuaire. Il est souvent orné d’une icône de la Nativité. C’est le lieu de la vie cachée, le lieu où les offrandes sont préparées pour être apportées à l’autel, c’est le lieu où l’Agneau est préparé avant d’être offert « pour la gloire de Dieu et le salut du monde ».

3.6. Le bénitier :
Installé à l’entrée de la chapelle, il nous rappelle notre baptême. Quand, nous entrons, nous découvrons, comme sur un même axe, les trois sacrements de l’initiation chrétienne : baptême – eucharistie – confirmation (avec le bénitier à l’entrée, l’autel qui oriente notre regard, et la fresque qui rappelle l’onction de l’Esprit-Saint).

Nous pouvons prolonger cette méditation « sacramentelle » en imaginant quelques allusions aux autres sacrements :
– Le Christ miséricordieux qui nous accueille lui-même dans le sacrement de pénitence (cf. fresque de gauche)
– L’Agneau qui porte nos souffrances et nos maladies et soulage ses frères éprouvés dans le sacrement des malades (cf. tabernacle)
– Le sacrement de l’ordre transmis aux Apôtres, sont configurés au Christ bon Pasteur et appelés à donner comme lui leur vie pour leurs frères (cf. autel)
– Le sacrement de mariage porté par le témoignage de Marie et Joseph tous les deux tournés vers l’Agneau du tabernacle, et anticipant ainsi les noces éternelles

4. Le Mystère de l’Incarnation

Avouons-le : cette fresque en a étonné plus d’un ! Rappelons simplement que cette manière de représenter la Nativité est tout à fait traditionnelle dans la tradition iconographique byzantine. La scène a été toutefois adaptée : la plupart du temps, Marie et Joseph sont complètement séparés.
Pour bien comprendre, il faut quand même dire que ce que vous voyez n’est pas à proprement parler une représentation de Noël (ou pas seulement), mais une porte ouverte sur le mystère de l’Incarnation. En occident, nous aimons avoir affaire à des évènements chronologiquement et géographiquement bien situés (quel est l’évènement ? où s’est-il passé ? quand s’est-il passé ?). Et nous aimerions avoir sous les yeux le « vrai Noël » au bon moment et au bon endroit, autrement dit comme nous le pensons ou l’imaginons spontanément.
La tradition orientale est est plus sensible à la totalité du mystère indépendamment de la chronologie ou de la situation géographique (pour une part les icônes nous transportent au-delà de l’espace et du temps). Ici, nous avons donc affaire à une porte ouverte sur tout le mystère du Verbe fait chair : un concentré du mystère de l’Incarnation. C’est un peu comme de la théologie en image !

4.1. L’Enfant Jésus :
L’Enfant Jésus est tout petit – et, nous l’avons déjà vu – pas beaucoup plus gros que l’Agneau du tabernacle. Il est cependant bien au centre de la composition. Marie et Joseph l’entourent, mais, là aussi sans l’enfermer. Cette représentation qui peut surprendre est finalement très ouverte. Ce n’est pas une Sainte Famille close sur elle-même.
L’enfant Jésus est représenté en référence à la lettre aux Hébreux : « C’est pourquoi, en entrant dans le monde, le Christ dit : ‘Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation, mais tu m’as façonné un corps… Alors, j’ai dit : Voici, je viens pour faire ô Dieu ta volonté » (He 10, 5-7).
Il fait la volonté du Père quand il vient au monde dans la pauvreté de Bethléem, Parole vivante en compagnie d’animaux dénués de parole, Sagesse éternelle assistés d’animaux dénués de raison.
Il fait la volonté du Père lorsqu’il est présenté au temple, préfiguration du don total (l’Enfant Jésus est déjà dans l’attitude de l’offrande).
Il fait la volonté du Père lorsqu’il enseigne et donne en exemple les petits enfants.
Il fait la volonté du Père lorsqu’il plonge dans les abîmes de la souffrance, de la passion et de la mort pour nous arracher aux puissances du mal.

Voilà tout ce que nous pouvons contempler ici : la naissance, la présentation, le ministère de salut… jusqu’au gouffre obscur duquel se détache la lumière, jusqu’à la mangeoire représentée en forme de tombeau (elle ne ressemble en effet ni à une mangeoire ni à un berceau), les bandelettes qui l’emmaillotent comme un suaire. La résurrection est elle aussi annoncée : le tombeau est ouvert et Jésus déborde du sarcophage : « Voici que j’ouvre vos tombeaux ; je vais vous faire remonter de vos tombeaux, mon peuple » (Ez 37, 12).

C’est tout le mystère de l’Incarnation depuis ses préfigurations dans l’Ancien Testament jusqu’à la Résurrection du Seigneur.
Quelques liens avec ces préfigurations de l’Ancien Testament :
– la grotte – montagne rappelle de nombreuses manifestations (ou théophanies) de Dieu. Par exemple, Moïse et Élie à qui Dieu s’est révélé à la fois sur la montagne et dans le creux du rocher.
– l’étoile nous rappelle la prophétie de Balaam : « Je le vois, mais non pour maintenant, je l’aperçois, mais non de près : un astre issu de Jacob devient chef, un sceptre se lève, issu d’Israël » (Nombres 24, 17)
– les animaux font référence à au prophète Isaïe : « le bœuf connaît son seigneur, et l’âne la crèche de son maître » (Is 1, 3).

4.2. Saint Joseph :
Au premier coup d’œil, nous voyons que par rapport au Mystère de l’Emmanuel, Marie et Joseph n’ont pas la même mission. Ils entourent tous deux l’Enfant Jésus, mais de manière distincte.
Joseph est revêtu d’un vêtement brun, référence au « vêtement de peau » de l’humanité marquée par le péché. A l’extrémité gauche du mur du fond, il représente l’humanité en attente du salut. A l’autre extrémité du mur, le Christ resplendissant de gloire, venu prendre cette humanité sur ses épaules pour la faire asseoir sur son trône de gloire.

St Joseph est en même temps l’homme recueilli et contemplatif, le veilleur et le gardien. Il est tout simplement là, prosterné devant son Seigneur. Il nous fait penser à tous ces prophètes de la Première Alliance, aux veilleurs du Très Haut, aux serviteurs de la Parole.

Avec Joseph, nous retrouvons Moïse qui, caché à l’ombre du rocher, demande à Dieu : « Fais-moi de grâce voir ta gloire ! » et le Seigneur avait dit : « Je ferai passer devant toi toute ma beauté et je prononcerai devant toi le nom du Seigneur (…), mais tu ne peux pas voir ma face ». Le Seigneur était passé devant Moïse caché au creux du rocher, mais de dos, tout en proclamant : « Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en grâce et en fidélité ».
Ce que Dieu avait proclamé et que Moïse n’avait pas encore pu voir, Joseph, aujourd’hui, le contemple en silence.

Avec Joseph, nous retrouvons aussi le prophète Élie, qui à un des moments les plus importants de sa vie se tient aussi à l’entrée de la grotte et, au moment où il perçoit le souffle léger, signe de l’humble présence du Dieu Tout Puissant se prosterne et adore.
Joseph veille sur l’enfant et la Mère et continue de veiller sur l’Église qui ne cesse d’enfanter des fils et des filles de Dieu. Il continue de veiller sur la Communauté et sur chacun de nous.

4.3. La Mère de Dieu :
La manière dont Marie est représentée peut aussi nous surprendre et même nous choquer. Nous aurions pu représenter Marie simplement à la manière occidentale, comme « la maman de l’Enfant-Jésus », dans l’attitude de toutes les mamans. Nous avons préféré évoquer « Très Sainte Mère de Dieu ». Pourquoi ?

Ayant cette fresque sous nos yeux tout au long de l’année (et pas seulement pour le temps de la Nativité), nous avons choisi de proposer à la contemplation beaucoup plus que l’évènement de Noël.

De fait, la Mère de Dieu est ici beaucoup plus que « Marie à Noël ».

C’est Marie qui :
– Résume toute l’attente d’Israël
– Est associée à la totalité du mystère de l’Incarnation rédemptrice
– Est déjà la figure de l’Église.
C’est donc tout le mystère de Marie qui se dévoile à nos yeux.
C’est d’abord Marie qui, depuis sa conception, est comblée de grâce (cf. le manteau qui l’enveloppe de la tête aux pieds).
C’est aussi Marie qui porte l’attente et l’espérance d’Israël. C’est la Vierge de l’attente.
C’est Marie qui accueille les paroles de l’ange : « Tu concevras et enfanteras un fils… L’Esprit Saint te prendra sous son ombre ». Nous voyons que Marie est à l’ombre de l’Esprit. Nous la voyons qui se livre à la volonté du Père : « Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole ».
C’est aussi Marie, la Très Sainte Mère de Dieu (le plus beau titre de la Vierge Marie). Elle n’est pas au centre mais apparaît quasi disproportionnée.
C’est Marie qui médite les paroles de son fils, qui garde toutes ces choses dans son cœur. Elle fait d’ailleurs le geste propre à ceux qui méditent la parole.
C’est aussi Marie qui, au jour de la Présentation, a déjà offert Jésus en le remettant entre les mains du Père. C’est Marie dont Jésus lui-même de détache : « Ne savez-vous pas que je dois être aux affaires de mon Père ? »
C’est Marie à Cana lorsqu’elle se tourne vers les serviteurs (nous-mêmes) pour leur dire : « Tout ce qu’Il vous dira, faites-le ».
C’est Marie au pied de la Croix, s’offrant elle-même en offrant définitivement son fils, recevant l’apôtre Jean comme son fils (elle est tournée vers l’autel où se trouve Jean), qui nous reçoit comme ses fils et ses filles (elle est aussi tournée vers nous).

Quels que soient les mystères de Marie, ils sont toujours associés aux mystères du Christ… et nous pouvons les méditer et les prier devant cette fresque. Quelles que soient les fêtes liturgiques de Marie, nous pouvons les célébrer en contemplant cette scène… parce que ce n’est pas Noël… ce n’est pas seulement Noël ! On peut même y trouver une source d’inspiration et de soutien pour prier le chapelet que les mystères soient joyeux, lumineux, douloureux ou glorieux !

En effet les mystères glorieux de Marie sont déjà présents, en particulier les deux derniers mystères : l’Assomption et le couronnement de Marie. Marie est ici déjà dans la gloire. Elle repose sur la couche impériale de couleur rouge. Voilà ce que dit S. Épiphane, dans une de ses homélies : « Réjouis-toi, très sainte Mère immaculée, tu as engendré le Christ qui te précède ; réjouis-toi, pourpre royale, tu as revêtu le Roi du ciel et de la terre. Réjouis-toi, livre impénétrable : tu as donné à lire au monde le Verbe, le Fils du Père ».

Elle est bien du côté de l’humanité, mais, à la différence de Joseph, elle est déjà transformée. Marie représente l’humanité déjà rachetée. On aurait pu la revêtir de gloire ; on a préféré rappeler qu’elle est bien l’une de nous (cf. la couleur brune qu’on devine dans ses vêtements). Elle n’est pas divine par nature ; elle est divinisée par grâce. Elle est la première à avoir, par pure grâce, lavé son vêtement dans le sang de l’Agneau

Avez-vous remarqué que sa couche épouse la forme d’une mandorle, à la fois ressemblante et distincte de la mandorle du Christ miséricordieux ? Jésus est entouré d’une parfaite mandorle de gloire, signe de sa divinité. Marie est entourée d’une mandorle rouge, signe de l’humanité rachetée par le sang de l’Agneau. D’un côté la divinité de nature (le Christ glorieux), de l’autre l’humanité divinisée.
Déjà, Marie est présentée comme participante de la nature et de la gloire divine, parce que déjà rachetée, par avance, dans le sang de son fils.
Sont ainsi présents les deux mystères qui marquent l’existence terrestre de Marie : l’Immaculée Conception et l’Assomption, ainsi que le mystère central qui conditionne les deux autres, sa Maternité divine.

Nous remarquons que le mystère de cette maternité divine s’élargit déjà à la nouvelle naissance des frères et sœurs de Jésus – que nous sommes. La fresque donne l’impression que Marie est de nouveau sur le point d’enfanter, comme si, en réalité, cet enfantement n’avait pas de fin.
Je me souviens d’une de nos sœurs qui avait du mal à « entrer » dans cette représentation de Marie, disant : « Je n’ai pas l’impression d’être face à une mère … elle ne me donne pas vraiment envie d’aller me blottir sous son manteau ! » et poursuivant, après un moment de silence : « ça y est, j’ai compris… je n’ai pas besoin d’y aller… j’y suis déjà ! ». C’est vrai, Marie nous a déjà pris en son sein. Elle est la Mère de l’Emmanuel… et elle a déjà pris toute la Communauté. Nous lui laissons ainsi « un entier et plein droit de disposer de nous et de tout ce qui nous appartient sans exception… »

4.4. La création est renouvelée :
C’est toute la Création qui est convoquée pour célébrer ce grand mystère. Dieu se fait homme pour renouveler et réconcilier toute la Création de l’intérieur.
Parmi ces éléments naturels, premiers signes de la Création nouvelle, nous contemplons l’étoile, signe venu du ciel et faisant le lien avec le monde céleste, mais aussi des éléments terrestres représentatifs des différents règnes : le règne minéral (avec la grotte), le règne animal (avec le bœuf et l’âne), l’humanité (la Sainte Famille) … et même le règne végétal (puisque les bandelettes de l’Enfant Jésus, à l’instar du Saint-Suaire sont probablement tissées à partir du lin).

« La Vierge aujourd’hui met au monde l’Éternel et la terre offre une grotte à l’Inaccessible. Les anges et les bergers le louent et les mages avec l’étoile s’avancent. Car Tu es né pour nous, petit enfant, Dieu éternel » (Kondakion de Romain le Mélode).

« Qu’allons-nous t’offrir, ô Christ ! Car pour nous, Tu t’es fait homme et Tu t’es manifesté sur la terre. Chacune de tes créatures t’apporte son action de grâces : les anges, leur chant, le ciel, l’étoile, les mages, leurs présents, les bergers, l’adoration, la terre offre la grotte, le désert, la crèche et nous-mêmes une Mère vierge, Dieu d’avant les siècles, sauve-nous ! » (Stichère du Lucernaire de la Nativité)

5. Le Mystère de la Rédemption

Toutes les fresques de cette chapelle sont liées les unes aux autres ; elles forment un ensemble : la fresque de droite nous invite à entrer dans le mystère du salut inauguré à Noël et accompli définitivement dans la Pâque du Christ. Le Christ est à la fois très proche et insaisissable (cf. vêtements translucides). Comme l’Agneau du tabernacle, Il est à la fois marqué des signes de sa Passion et resplendissant de la gloire de la Résurrection.

Ses deux mains illustrent ses propres paroles :
« Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai… Mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur » (Mt 11, 28-29). Sa main droite nous invite à approcher. Elle est tournée à la fois vers l’autel et le tabernacle : « La Sagesse à dressé une table, elle invite les hommes au festin ». Sa main gauche désigne son Cœur.
Remarquons que Le cœur a été placé au centre de la représentation du Christ. Cette « anomalie » anatomique nous rappelle la signification profonde du cœur : il est le centre même de la personne. En levant nos yeux vers le Cœur du Christ, nous contemplons la personne même de Jésus et nous pouvons entrer dans la plénitude de son mystère d’amour.
La main droite tournée vers l’Eucharistie et la main gauche orientée vers le Cœur de Jésus désignent le même mystère.
Les plaies lumineuses sont un rappel de Paray-le-Monial.
Nous voyons le lien à la fois avec le tabernacle où l’Agneau est en même temps immolé et glorieux et avec la Croix, signe du plus grand Amour qui, déjà, illumine le monde.

6. La grâce de l’Emmanuel

Ces fresques ont voulu présenter en un seul ensemble et en un seul lieu l’essentiel de la grâce de l’Emmanuel.
A gauche de l’autel, le mystère de l’Incarnation, la naissance de l’Emmanuel : Dieu se fait l’un de nous dans l’humilité et la simplicité de Bethléem et nous invite à l’Adoration.
A gauche de l’autel, le mystère du Christ miséricordieux dont le Cœur brûlant d’amour a tant aimé les hommes et qui nous donne part à sa Compassion.
Au centre, le mystère de la Pentecôte où l’Esprit Saint saisit les Apôtres et les envoie en mission, don de l’effusion de l’Esprit qui nous associe à la mission de l’Église pour l’Évangélisation du monde.

Il y a même un petit clin d’œil à la fresque de la Péniche (où Pierre Goursat est représenté parmi les adorateurs de l’Enfant-Jésus) grâce à la présence discrète de notre fondateur que l’artiste, ici, a voulu représenter, au creux de l’autel, dans le groupe des Apôtres !

Découvrir les icônes de Suzanne Kent

 


Vous êtes les bienvenus à la chapelle de l’Emmanuel !

En semaine, un temps de louange a lieu chaque matin à 9h et l’Eucharistie est célébrée à 12h (presque chaque jour). La chapelle reste ouverte entre 9h et 18h pour ceux qui veulent venir y prier.