En voyage au Bénin, un périple écologique semé de rencontres

Laurent Landete, modérateur de la Communauté de l’Emmanuel s’est récemment rendu en visite au Bénin. Un voyage riche en rencontres et marqué par la visite originale : une ferme école Laudato si. Interview et récit d’un responsable béninois.

Bonjour Laurent, tu étais récemment au Bénin, quelles ont été les grandes étapes de ton voyage ?

La première étape du voyage m’a vu être accueilli par l’évêque de Porto Novo, qui m’avait invité pour parler à tout son diocèse du rôle des laïcs dans le monde d’aujourd’hui et dans l’Église. J’ai insisté sur la vie de prière et sur l’engagement personnel des laïcs.

La deuxième étape fut la rencontre de la ferme-école Laudato si sur la paroisse de notre frère le Père Nestor. Sensible aussi à ces questions d’écologie, d’environnement et de santé, j’ai été saisi par ce qui se passait là-bas, car leur expérience est peut-être un projet colossal pour l’Afrique par rapport à ce fléau qu’est le paludisme.

La célébration des 20 ans de la Communauté de l’Emmanuel au Bénin fut la dernière étape du voyage. La Communauté du Bénin les a fêtés à l’africaine, dans une grande joie. J’ai eu l’heureuse surprise, préparée par l’évêque de Porto Novo, d’y retrouver Mgr David Macaire qui est un ami de longue date, qui visitait le Bénin et qui a célébré avec nous cet anniversaire.

Quelle est la genèse de la ferme que tu as visité à Banigbé ?

Il y a 2 ans, j’ai été si frappé par le film « Demain » présentant les enjeux écologiques de notre société, que j’avais invité tout le Conseil de la communauté à  assister à une séance de ce film. Notre frère africain Nestor prenait des notes d’un bout à l’autre du film, très ému également il disait : « moi je suis dans un pays ou tout pousse, tout est sensé pousser, et pourtant le dernier bébé que j’ai baptisé, il est mort de faim ». En parlant avec lui, il me dit : « ces méthodes d’agriculture proches de la terre et de la nature, c’est une manière pour nous africains de retrouver ce que nous avons perdu en lien avec ce que nos ancêtres vivaient parce que aujourd’hui le modèle de vie de l’Africain de base, si j’ose dire, c’est d’aller dans les villes, de manger des boites de conserve et d’être formé intellectuellement, mais en étant coupé de la nature et de la vie ». Pour lui est alors né le projet d’une école dans cet esprit dans sa paroisse. Ça a été le premier déclic.

A la suite de ça, Fidesco a envoyé un couple de coopérants, Pierre et Marine, qui eux-mêmes, sans s’être concertés avec Nestor sont allés un jour à la ferme du Bec Hellouin, en Normandie, dans laquelle ils ont été frappés de voir toute ces nouvelles méthodes agricoles dans le respect de la terre, de la création, dans la complémentarité des différentes plantes qui se protègent, qui sont médicaments les uns pour les autres, qui sont fortifiants les uns pour les autres, qui se repoussent aussi parfois. Simultanément, avant leur départ en Afrique, ils ont fait la rencontre d’une association qui s’appelle la Maison de l’Artémisia, découvrant aussi que cette plante, utilisée dans la médecine chinoise depuis des millénaires, a un fort potentiel thérapeutique vis-à-vis du paludisme dont on commence à découvrir les preuves scientifiques. Ils sont arrivés dans la paroisse de Nestor avec un projet agricole. Une espèce de cocktail a pris, ce qui devait être un projet de ferme avec du maraîchage est devenu un projet associé avec la Maison de l’Artémisia, ou ils ont planté cette plante. Nestor a testé cette plante sur lui-même, lui, africain, victime du paludisme depuis sa naissance, son entourage aussi, et puis ces coopérants Fidesco avec leurs enfants, qui l’ont testé faisant le choix de ne pas prendre de médicaments. Et au bout de 2 ans, et les africains, et les européens qui sont là dans cette aventure n’ont pas le palud, alors qu’ils se traitent à titre préventif avec cette plante. Il a peut-être une possibilité de soigner les gens de manière simple et gratuite ce fléau qu’est le paludisme, qui tue, je crois, un enfant toutes les 2 minutes.

Cette ferme est également une école ?

Oui, c’est une formation au respect de la création. Dans cette spiritualité franciscaine, prophétique pour notre temps et liée à notre Pape François, on éduque ces petits enfants à cultiver un potager, à planter, à avoir une alimentation équilibrée pas uniquement composée de tubercules. La malnutrition vient du fait qu’il y a une sorte de monoculture dans leur manière de cultiver. On leur apprend également à ne pas jeter ce qu’ils appellent des « sachets » c’est-à-dire des sacs plastiques dont le sol africain est jonché. Il y a toute une éducation au tri des déchets, au respect de la nature, et ça m’a émerveillé de voir que cela se fait assez simplement et assez facilement.

Que retires-tu de la célébration des 20 ans de la Communauté de l’Emmanuel au Bénin ?

La joie d’avoir vécu ce moment ! Et une communauté qui a tous les ingrédients pour sa croissance et son rayonnement, parce qu’elle est tournée vers les besoins des hommes de ce peuple. C’est également ce que j’ai vu au Rwanda, avec la Communauté qui s’est développée au travers des besoins de pardon et de réconciliation et qui a été authentique dans sa réponse. L’avenir et le passé de la Communauté de l’Emmanuel se jouent dans la réponse aux besoins des hommes, car la clé de l’évangélisation, c’est de répondre aux besoins des gens et partant de ces besoins, leur donner le Christ. Cela passe par le pardon, par la charité mais aussi par le respect de la création par ce que c’est en admirant la création que l’on peut admirer le mystère de la rédemption.

Il y a en Afrique une vie fraternelle très belle, très forte, dont nous avons aussi besoin dans nos pays européens qui sont un peu rafraichis par nos comportements frileux dans la relation aux autres. Là-bas, la relation se fait très simplement et très spontanément et reste en même temps centrée sur le Christ, sur le charisme de l’Emmanuel. La communauté de l’Emmanuel est vraiment une communauté pour le monde, une communauté universelle !

As-tu une anecdote à nous raconter en rapport avec ce voyage ?

Le Seigneur donne en abondance. Il y a quelques années, j’ai rencontré pour la première fois l’évêque de Porto Novo sur mon lieu de vacances alors qu’il était jeune prêtre. Il remplaçait le curé et était tout seul, alors on l’a invité chez nous. 25 ans après il se trouve évêque d’un lieu où la Communauté de l’Emmanuel se trouve présente. C’est un signe d’encouragement sur notre appel à accueillir la Providence dans les personnes qui sont autours de nous. En voyant cet homme très profond, très sûr, qui se rappelait précisément de qui on était, qui avait gardé ce souvenir, je me rappelais de cette parole : « sans le savoir vous avez accueilli des anges ».


Le récit de la visite par Mariano, Responsable de la Communauté de l’Emmanuel au Bénin

PREMIÈRE VISITE DE LAURENT LANDETE AU BÉNIN À  L’OCCASION DE LA CLÔTURE DU JUBILÉ DES 20 ANS DE LA COMMUNAUTÉ DE L’EMMANUEL

La Communauté de l’Emmanuel au Bénin pour la première fois de son histoire a reçu la visite du Modérateur à l’occasion de la clôture du jubilé des 20 ans, lancé le 26 mars 2017.

Laurent LANDETE, accompagné du couple GRAFFIN, de Marie-Pierre DABADIE, de Marc DUHANT ont foulé le sol béninois le 15 Nov 2015 avec un cœur débordant de joie et d’action de grâce à la rencontre de cette Communauté d’environ 170 frères et sœurs dont sept séminaristes en formation à Abidjan et un prêtre, Curé de Paroisse.

Les festivités marquant la clôture du jubilé des 20 ans de présence de la Communauté de l’Emmanuel au Bénin étaient riche en couleur.

Tout a commencé par l’accueil à l’aéroport international Bernardin Cardinal GANTIN de Cotonou,  le mercredi 15 novembre  2017 par la forte délégation des frères avec une belle louange sur le parking public dudit aéroport. Il faut préciser que cet accueil en cachait un autre, celui  de Monseigneur Aristide GONSALLO, Evêque de Porto-Novo qui a attendu nos hôtes jusqu’à 23 heures. Ceux-ci avec le Modérateur en tête, ont passé deux nuitées à l’évêché  aux bons soins de  Monseigneur  GONSALLO avec le service bien apprécié des Religieuses de l’évêché.

Ce ne sont pas seulement les frères communautaires qui ont bénéficié de la venue au Bénin de Laurent mais aussi les autres associations et mouvements du diocèse . En effet, le vendredi 17 novembre, le Modérateur de la communauté a donné une conférence  publique au Sanctuaire Marial du diocèse en présence de l’Évêque avec près de 500 participants, membres de la Communauté et des associations.

Le thème de cette conférence avait porté sur “la force des laïcs et la communion des états de vie au service de la mission”. Ce fut l’occasion pour Laurent de rappeler les fondamentaux de la vie  du laïc engagé au service de la mission. Un livre sur l’historique de la Communauté au Bénin édité pour la circonstance à été présenté et lancé à la suite de cette conférence par le frère Louis VLAVONOU, précurseur de la Communauté au Bénin.

Par ailleurs,  au cours de son séjour,  le Modérateur et sa suite ont eu des échanges très enrichissants avec Mariano et Gisleine  OGOUTOLOU, couple responsable de la Communauté de l’Emmanuel au Bénin, sur la vie et le développement de ladite Communauté et la Fraternité de Jésus ainsi que sur les prochaines élections du Conseil international et du nouveau Modérateur.

Des visites fraternelles ont aussi marqué le séjour du frère Laurent et de sa suite. Ainsi la délégation a eu à visiter trois frères dans leurs différents lieux de travail  (Salon de coiffure et d’esthétique, Imprimerie et Studio de réalisation  des œuvres des artistes, vedettes de la chansons spirituelles et profanes  béninoises).

Dans la soirée du vendredi 17 Novembre 2017, afin d’agrémenter leur séjour,  le Modérateur et sa suite ont participé au géant Concert organisé par la Communauté de l’Emmanuel au Bénin. A travers les chants les plus récents de l’Emmanuel, exécutés brillamment par le Chœur de la Communauté au Bénin, les danses traditionnelles révélant le côté inculturation de l’église locale et les interprétations de chants spirituels, tout a été si bien préparé, agencé et exécuté pour rendre grâce  à Dieu à l’occasion de ce jubilé et de la présence du Modérateur parmi ses frères du Bénin.

Au cours de cette même soirée et en prélude à  la journée mondiale des pauvres du dimanche 19 Novembre 2017,  le public qui s’est déplacé  massivement pour ce Concert a eu droit également à un film réalisé par le frère Grégoire – un témoin de la charité manifestée à l’endroit  des malades mentaux – sur sa mission auprès de ces pauvres. Grégoire est fondateur du Centre  Saint Camille qui accueille les malades mentaux au Bénin et ailleurs en Afrique de l’ouest.

Le jubilé connaîtra son apothéose les 18 et 19 Novembre 2017 sur la Paroisse Saint André de Banigbé. Sans être confiée à la Communauté, cette Paroisse de campagne située à 20 km de Porto-Novo, vit des grâces communautaires du fait du dynamisme de notre frère Nestor ATTOMATOUN, Curé depuis 3 ans.

Dès l’arrivée du Modérateur sur cette Paroisse,  les fidèles de Banigbé ont prouvé leur sens de l’accueil. En effet,  nos hôtes et frères ont été accueillis avec des chants et danses ainsi qu’un  mot de bienvenue prononcé par le porte-parole du conseil pastoral de Banigbé.

La joie était à son comble et nos visiteurs bénissaient le Seigneur pour les divers projets en cours sur la Paroisse à l’initiative de la Communauté de l’Emmanuel. Il s’agit de la ferme agro-écologique pilotée par les volontaires FIDESCO et où est expérimentée la culture de “l’Artémisia”, une plante efficace pour prévenir et guérir la malaria ; l’école maternelle agricole privée “Laudato Si” avec une trentaine d’écoliers ; une école qui fait la fierté de la Communauté dans le diocèse de Porto-Novo. Précisons aussi qu’un domaine est déjà disponible pour accueillir les sœurs consacrées.

Dans la soirée du samedi 19 Novembre 2017, le Modérateur a bien encouragé les frères au cours de la rencontre qu’il a eu avec les Engagés de la Communauté pour échanger sur divers sujets notamment leur appel au sein de la Communauté, les prochaines élections, etc.

Toutes ces merveilles ont été présentées au Seigneur en action de grâces au cours de la grande messe de clôture  du jubilé des 20 ans, le dimanche 19 novembre 2017 à la station Saint Emmanuel de Ko-Koumolou. Cette Messe à été présidée par deux évêques : Monseigneur Aristide GONSALLO , Évêque de Porto-Novo et David Macaire, Évêque de Fort-de-France (Martinique) en visite au Bénin.

Que les grâces de ce jubilé et de cette visite jaillissent sur Communauté de l’Emmanuel au Bénin et que par l’intercession de son fondateur Pierre GOURSAT,  cette Communauté porte davantage de fruits en vue de l’enracinement de l’Évangile.


L’article de la Croix sur la ferme école de Banigbé :

Au Bénin, une école-ferme ouvre ses portes à Banigbé

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