Porter la lumière du Christ aux musulmans

L’Emmanuel expérimente depuis septembre dernier une Ecole de Charité et de Mission (ECM) spécifique dont l’objectif est de se former et de vivre le dialogue et l’annonce de l’évangile avec les personnes musulmanes. Benoît Laplaize en est le responsable avec le père Henry Fautrad. Il est vivant ! a rencontré Benoît Laplaize

IEV : Comment avez-vous été amené à vous intéresser à l’islam?

Benoît Laplaize : Je voyage dans le monde entier pour mon travail, y compris dans des pays musulmans ou avec une forte présence musulmane : Turquie, Iran, Dubaï, pays du Maghreb, Liban, etc. Or il y a six ans, je me suis rendu compte que je ne connaissais rien à l’islam. Très curieux de nature, j’ai décidé de me former en lisant beaucoup. Au fur et à mesure de mes recherches, j’ai compris qu’être de culture chrétienne et connaître la Bible aide énormément à appréhender l’islam et la foi des musulmans.

 

 

 

 

 

 

Quelle est votre propre expérience de dialogue avec des personnes de confession musulmane ?

B.L. Dans mon travail, donc, je rencontre des Turcs, des Libanais, des Égyptiens, etc. Je constate que la plupart d’entre eux sont des “croyants sociologiques”, par tradition, mais qu’ils n’ont pas lu le Coran. Je rencontre aussi des jeunes. Ainsi, récemment j’ai déjeuné en Iran avec un client et son fils de 20 ans. Ce jeune avait étudié à Londres, portait un jean moulant, était coiffé avec du gel. Son ambition était de créer sa boîte, de gagner de l’argent. Dans le fond, il était comme tous les jeunes occidentaux de 25 ans. Il ne m’a pas paru très “musulman”. Je rencontre aussi des jeunes musulmans en France par le football. L’islam fait partie de leur histoire, structure leur identité : ils font le ramadan, ils retournent au bled l’été, fréquentent leurs amis musulmans, etc. Mais quelle est leur foi ?
L’autre type de rencontre que j’ai faite avec l’islam est plus d’ordre intellectuel. J’ai été étonné de constater que dès que l’on étudie un peu le Coran, les hadith, la charia, l’histoire de l’islam, la vie du messager de l’islam mais surtout l’histoire des chrétiens d’orient au Ve siècle, etc. alors ce monde prend vie et on découvre à la fois une suite très éclectique d’éléments mais aussi de grandes incohérences, historiques, spirituelles, etc.

Quelle attitude requiert ce dialogue avec des personnes musulmanes ?

B.L. Premièrement, oser être soi-même. Les musulmans n’attendent qu’une chose : que nous leur disions que nous sommes croyants ! N’hésitons pas à leur dire avec une pointe d’humour : « Je crois, je prie plusieurs fois dans la journée, je jeûne, je fais l’aumône et chaque dimanche, je vais en pèlerinage pour rencontrer Dieu à la messe. » Leur dire que nous sommes catholiques, que nous aimons le pape. Beaucoup le respectent en effet énormément. Deuxièmement, qui dit dialogue, dit amour de la personne avec laquelle on dialogue. Cette personne musulmane est mon prochain. Or, avec mon prochain que j’aime, je parle en vérité. Quand on aime, on pose de bonnes questions et on est exigeant avec l’autre parce qu’on veut le voir grandir. Un tel degré de relation conduit forcément à la conversion de mon coeur. Sans cette conversion, on risque d’entrer dans une sorte de règlement de compte : « Je vais te montrer que j’ai raison et que ta foi ne vaut rien. » Ce n’est pas du tout ainsi que Jésus procédait avec les personnes !

Comment éviter d’un côté, la naïveté, d’un autre, l’agressivité ?

B.L. J’insiste : la juste posture consiste, pour nous, à nous convertir en profondeur. Et pour moi cette conversion comporte deux dimensions. Dans l’encyclique Laudato Si le pape François écrit : « Cette conversion implique gratitude et gratuité » (LS, N° 220). Il n’est plus ici question de dire à mon interlocuteur : « Je connais tout de ta religion et en voici les incohérences. » Non ! Le musulman ne veut pas rencontrer un islamologue, mais un croyant qui rayonne et qui a Dieu dans sa vie ! Alors, d’abord, il s’agit d’entrer profondément dans une attitude d’action de grâce pour notre vie dans l’Esprit Saint : « Seigneur merci ! Merci parce que tu m’as donné la vie, la foi, l’Esprit Saint, les Évangiles, etc. et que ça a transformé ma vie ! Et merci pour ce frère musulman assis à côté de moi et pour lequel tu es mort sur la croix. » L’appel de Pierre Goursat, le fondateur de l’Emmanuel, « Il faut que ça brûle », n’est pas une option dans la rencontre et l’annonce aux musulmans !
La deuxième dimension de cette conversion se trouve dans un juste équilibre entre la foi et la raison. « La foi et la raison sont comme deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation et vers la vérité », écrit Jean Paul II (encyclique Fides et ratio). Si des musulmans se convertissent, c’est parce qu’ils se posent les bonnes questions individuellement. Averroès dit lui-même : « le vrai ne peut contredire le vrai. » Un moine libanais me disait que pour que les musulmans se convertissent, il fallait simplement les mettre à l’école car « le Coran ne tient pas devant la raison ». Bref, pour être dans une juste posture avec des personnes de confession musulmane, il faut donc être soi-même “brûlé” de l’amour de Dieu et se laisser conduire par l’Esprit de vérité avec un minimum de formation.

Comment concilier les exigences d’ouverture à l’autre que nous prescrit l’Évangile et nos peurs parfois légitimes ?

B.L. D’abord, reconnaissons la violence quand elle est là. Il faut appeler un chat un chat. Quand, dans nos pays occidentaux, des comportements violents ou des paroles menaçantes sont avérés, au nom de l’islam, de manière publique ou contre tel ou tel, il faut que l’État fasse son travail de gardien de l’ordre, de protecteur des citoyens. La loi civile de nos pays est pour tous et je ne vois pas au nom de quoi elle ne s’appliquerait pas aux personnes musulmanes quand elles sont menaçantes ou carrément hors la loi. En ce qui concerne l’évangélisation, l’enjeu majeur est de passer du global au particulier, du “ils” au “tu”, de la peur du “tout” à l’amour du “prochain”. Personnellement, j’ai cessé de regarder la télévision il y a quinze ans. Cela ne sert à rien. Mieux vaut prendre un temps de prière plus long, lire un bon livre sur le sujet et
regarder plutôt ce qui se passe réellement autour de moi. Bien souvent, je constate qu’il y a surtout des rencontres concrètes, de la joie, de la vie. J’invite chacun à se demander : combien ai-je de musulmans autour de moi ? La réponse sera sans doute quinze à vingt maximum. Et ces musulmans sont-ils des prochains pour moi ? Ai-je un ami musulman ?  En résumé, il s’agit de se former, de prier davantage, et de changer notre écosystème spirituel, psychologique et médiatique.

En quoi les musulmans nous questionnent-ils dans notre propre foi ?

B.L. Un musulman croit que Dieu est présent, que sa vie est entre ses mains, et c’est beau. De même, il prie cinq fois par jour. Alors, si Dieu est Dieu, pourquoi est-ce que je ne prie pas plus souvent ? Est-ce que ma vie lui est donnée ? De plus, la montée de l’islam fait qu’en France, Dieu et la religion sont devenus les sujets numéro 1. On se pose aujourd’hui des questions que l’on ne se posait plus : qui croit ? Pourquoi ? Qu’est-ce qu’un croyant ? C’est un point très positif.
Il faut reconnaître dans le même temps que nous sommes parfois en état de “dhimmitude intellectuelle”, c’est-à-dire que nous n’osons pas utiliser nos propres cadres de pensée par une peur inconsciente d’une certaine censure, avec l’aide active d’une partie de la gauche marxisante voyant en l’islam le nouveau prolétariat à libérer (il faut lire ce qu’écrit Michel Onfray sur ce sujet !). Il est plus que temps que l’Église et les chrétiens redeviennent visibles (cela sera sans doute un des grands effets secondaires de cette crise) pour montrer au monde ce qu’est une bonne radicalité au sens évangélique, ce qu’est une communauté, le martyre (regardons la force qu’a eu le martyre du père Hamel), l’image même de Dieu. L’islam force l’Église et les chrétiens à montrer leur “art de vivre” de manière beaucoup plus visible !

Quels passages de l’Évangile vous guident ils particulièrement dans ce dialogue ?

B.L. Les paraboles sont d’un précieux soutien. La parabole du semeur, par exemple : « Le semeur est sorti pour semer. » Est-ce qu’on y croit ? Est-ce que l’on croit que c’est Dieu qui travaille les cœurs, des musulmans aussi et peut-être surtout !? Est-ce que je suis moi-même converti et “en gratitude” à l’égard de Dieu ? Est-ce que je brûle d’amour ? Est-ce que je suis vraiment chrétien, un témoin crédible ? Les musulmans recherchent une cohérence. « Tu ne sais pas prier », nous disent-ils souvent ! « Le semeur est sorti pour semer. » Dans cette parabole, nous les chrétiens, nous sommes souvent dans la troisième terre. La plante pousse mais elle est étouffée par trois choses : le plaisir, le succès, les richesses. Et cela, les musulmans le pointent souvent du doigt : si tu crois en Dieu, si Dieu est Dieu, pourquoi te laisser étouffer par ces choses ? Cette parabole nous aide également à voir que la plante de l’islam existe, qu’elle a poussé depuis 1 400 ans. Mais où est-elle ? Et quand elle regarde la plante “Église”, que voit-elle ? Voit-elle une “communauté brûlante d’amour”, attirante ?
Le passage des pèlerins d’Emmaüs peut aussi nous montrer notre rôle. Nous cheminons avec les musulmans qui parlent d’un « prophète puissant en actes et en oeuvres qui sera un libérateur ». Bref, un messie terrestre… Notre rôle est de parler avec eux, même si leur route va dans le mauvais sens ! À l’inverse des pèlerins d’Emmaüs dans ce texte, beaucoup de musulmans ont déjà eu la révélation de la présence de Jésus dans leur coeur par des visions ou des songes par exemple (Jésus nous facilite la tâche !) et n’attendent plus qu’une chose, qu’un pèlerin “chrétien vivant de l’Esprit” leur explique la Parole de Dieu et rende témoignage à ce Dieu de la relation qui les aime de toute éternité.

Quel est votre état d’esprit concernant la mission auprès des musulmans ?

B.L. Nous sommes avant tout dans un combat spirituel. J’essaie pour ma part de me laisser guider par ces paroles de saint Charbel Maklhouf, ermite libanais du XIXe siècle : « Sauvegardez votre communauté ecclésiale et que votre régime soit l’Évangile. Soyez l’ancre qui fixe les bateaux errants sur des mers houleuses. Que vos coeurs soient le port du salut de tout homme perdu, égaré et qui demande protection. Par vos prières, vous pouvez faire pleuvoir la miséricorde et irriguer la terre de votre charité. Priez pour attendrir les coeurs endurcis, priez pour ouvrir les esprits obscurcis, priez pour soulager des catastrophes et des horreurs. En fin de compte, n’ayez pas peur car “la lumière du Christ” s’élèvera et resplendira, la croix et l’Église s’illumineront. Tenez bon dans votre foi au Christ, n’ayez pas peur, ayez confiance en Dieu de la résurrection et de la vie. À lui la gloire éternellement. »

Article à retrouver dans Ilestvivant ! n°334 janvier/fevrier/mars 2017

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