« Dieu n’a pas abandonné la ville » (pape François) 

Laurent Landete - pape François © Communauté de l'Emmanuel 2015

Du 5 au 7 février 2015, s’est réunie l’Assemblée plénière du Conseil pontifical pour les laïcs, sur le thème : « Rencontrer Dieu au cœur de la ville ». Comme consulteur du conseil pontifical pour les laïcs, Laurent Landete participait à cette rencontre. Le 9 février, le pape a rencontré l’assemblée plénière et les a encouragé à « trouver le courage de faire le premier pas qui nous rapproche des autres, pour être des apôtres des quartiers ». Voici l’intégralité du discours prononcé par le pape François.

« C’est avec joie que j’accueille le Conseil pontifical pour les laïcs réuni en Assemblée plénière. Je remercie le Cardinal président pour les paroles qu’il m’a adressées.

Depuis votre dernière assemblée plénière, vous avez connu une période d’activité et de réalisation d’initiatives apostoliques. Parmi celles-ci, vous avez adopté l’Exhortation apostolique Evangelii gaudium comme programme et comme boussole pour orienter votre réflexion et votre action. L’année qui vient de commencer sera marquée par un souvenir important : le 50ème anniversaire de la clôture du Concile Vatican II. A ce propos je sais que vous êtes en train de préparer une commémoration de la publication du Décret sur l’apostolat des laïcs Apostolicam actuositatem. J’encourage cette initiative, qui ne regarde pas seulement le passé, mais le présent et le futur de l’Église.

Le thème que vous avez choisi pour cette Assemblée plénière, « Rencontrer Dieu au cœur de la ville », se tient dans le sillage de l’invitation d’Evangelii gaudium à entrer dans les « défis de la culture urbaine » (nn. 71-75). Le phénomène de l’urbanisme a atteint désormais des dimensions globales : plus de la moitié des hommes de la planète vivent dans les villes. Et le contexte urbain a un fort impact sur les mentalités, la culture, les modes de vie, les relations interpersonnelles, la religiosité des personnes. Dans un tel contexte, si varié et complexe, l’Église n’est plus l’unique « promotrice de bon sens » et les chrétiens reçoivent « des langages, symboles, messages et paradigmes qui offrent de nouvelles orientations de vie, souvent en contraste avec l’Évangile » (Ibid., 73). Les villes présentent de grandes opportunités et de grands risques : elles peuvent être de magnifiques espaces de liberté et de relations humaines, mais aussi de terribles espaces de déshumanisation et de malheur. Il semble vraiment que chaque ville, même celle qui paraît la plus prospère et ordinaire, ait la capacité de générer en elle une obscure « anti-ville ». Il semble qu’à côté des citoyens il existe aussi des non-citoyens : des personnes invisibles, pauvres en moyens et en chaleur humaine, qui habitent des « non-lieux », qui vivent des « non-relations ». Il s’agit d’individus à qui personne n’adresse un regard, une attention, un intérêt. Ils ne sont pas seulement les « anonymes » ; ils sont les « anti-hommes ». Et cela est terrible.

En face de ces tristes scénarios nous devons toujours nous rappeler que Dieu n’a pas abandonné la ville ; Il habite dans la ville. Le titre de votre assemblée plénière veut vraiment souligner qu’il est possible de rencontrer Dieu au cœur de la ville. Ceci est très beau. Oui, Dieu continue à être présent, même dans nos villes si frénétiques et distraites ! C’est pourquoi il ne faut jamais s’abandonner au pessimisme et au défaitisme, mais garder un regard de foi sur la cité, un regard contemplatif « qui découvre ce Dieu qui habite dans ses maisons, dans ses rues, sur ses places » (Ibid., 71). Et Dieu n’est jamais absent de la ville parce qu’il n’est jamais absent du cœur des hommes ! En fait, « la présence de Dieu accompagne la recherche sincère que les personnes et les groupes accomplissent pour trouver appui et sens à leur vie » (Ibid.). L’Église veut être au service de cette recherche sincère présente dans tant de cœurs et qui les rend ouverts à Dieu. Les fidèles laïcs, spécialement, sont appelés à sortir sans crainte pour aller à la rencontre des hommes de la ville : dans les activités quotidiennes, dans le travail, seuls ou en famille, avec la paroisse ou dans les mouvements ecclésiaux dont ils font partie, ils peuvent briser le mur de l’anonymat et de l’indifférence qui souvent règne souverainement dans la ville. Il s’agit de trouver le courage de faire le premier pas qui nous rapproche des autres, pour être des apôtres des quartiers.

En devenant de joyeux annonceurs de l’Évangile à leurs concitoyens, les fidèles laïcs découvrent que beaucoup de cœurs ont déjà été préparés par l’Esprit Saint pour accueillir leur témoignage, leur proximité, leur attention. Dans la ville, il y a souvent un terrain d’apostolat beaucoup plus fertile que ce que nombre de personnes imaginent. C’est pourquoi il est important de prendre soin de la formation des laïcs : les éduquer à avoir ce regard de foi, plein d’espérance, qui sache voir la ville avec les yeux de Dieu. Voir la ville avec les yeux de Dieu. Les encourager à vivre l’Évangile, sachant que toute vie vécue chrétiennement à toujours un grand impact social. En même temps, il est nécessaire d’alimenter en eux le désir du témoignage, afin qu’ils puissent donner aux autres avec amour le don de la foi qu’ils ont reçu, en accompagnant avec affection ceux de leurs frères qui vivent les premiers pas dans la vie de foi. En un mot : les laïcs sont appelés à vivre un rôle protagoniste humble dans l’Église et à devenir ferment de vie chrétienne pour toute la ville.

En outre, il est important que, dans cet élan missionnaire renouvelé vers la ville, les fidèles laïcs, en communion avec leurs Pasteurs, sachent proposer le cœur de l’Évangile, non pas ses « annexes ». Aux personnes engagées dans la grande ville de Milan, Mgr Montini alors archevêque, parlait de la « recherche de l’essentiel », et il invitait à être avant tout nous mêmes « essentiels », c’est à dire vrais, sincères, et à vivre de ce qui compte vraiment (1). C’est seulement ainsi que l’on peut proposer dans sa force, dans sa beauté, dans sa simplicité, l’annonce libératrice de l’amour de Dieu et du salut que Dieu nous offre. C’est seulement ainsi que l’on avance avec cet attitude de respect envers les personnes ; que l’on offre l’essentiel de l’Évangile.

Je confie votre travail et vos projets à la protection maternelle de la Vierge Marie, qui pérégrine avec son Fils dans l’annonce de l’Évangile, de village en village, de ville en ville, et je vous donne à tous et à ceux qui vous sont chers ma bénédiction. S’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi. Merci. »

Traduction de Zenit, Hugues de Warren

(1) Cf. Discours et écrits milanais 1954-1963, Institut Paul VI, Brescia-Rome, 1997-1998, p. 1483.