[LIVRE] Dieu fait toutes choses nouvelles – interview d’Henrik Lindell

Ancien modérateur de la Communauté de l’Emmanuel, Laurent Landete a attisé la curiosité du journaliste Henrik Lindell. Dans Dieu fait toutes choses nouvelles, il lui a fait raconter son témoignage de vie, son expérience de la Communauté de l’Emmanuel et sa vision de l’Église d’aujourd’hui. Il répond à nos questions sur la genèse de ce livre d’entretiens.

 

Les Éditions de l’Emmanuel vous ont proposé d’écrire ce livre d’entretien avec Laurent Landete. Pourquoi avez-vous accepté ?

Laurent Landete a tout pour exciter la curiosité d’un journaliste. Issu d’un milieu peu pratiquant et peu croyant, il se convertit à Lourdes en fréquentant des malades. Quelques années plus tard il se trouve propulsé à la direction de la Communauté de l’Emmanuel et la dirige pendant 9 ans. C’est un parcours improbable. Par ailleurs, Laurent Landete ne correspond absolument pas à l’image de l’Emmanuel que l’on pourrait se faire, d’une communauté où les gens se ressembleraient tous. Enfin, je le connaissais un peu avant. J’avais même lu son livre sur la prière et je l’ai utilisé dans ma propre vie de croyant. Donc, je ne pouvais pas dire non à cette proposition des Éditions de l’Emmanuel.

Vous êtes issu du monde évangélique et êtes entré dans l’Église catholique il y a 3 ans et demi. Pourquoi ce chemin ?

Le 7 janvier 2015, je suis devenu officiellement catholique dans la chapelle de la Domus, le siège de l’Emmanuel à Paris. Je dis souvent qu’un catholique est un protestant évangélique qui ajoute un certain nombre de choses à sa foi. Devenir catholique pour moi, c’était à la fois une conversion au catholicisme, à Rome, à Marie… Marie, surtout, m’a beaucoup parlé. Pas avec une voix audible, mais j’avais le sentiment qu’elle s’adressait à moi. Et quand Marie commence à parler à un protestant, c’est très déstabilisant ! Elle n’est pas censée être une figure importante pour les protestants. Je me suis aussi senti appelé quand le Pape François, à plusieurs reprises, s’est directement adressé aux évangéliques. Il nous a dit, en résumé : « Nous sommes d’accord sur l’essentiel. La guerre est finie. » Je ne pouvais pas y rester indifférent. Alors petit à petit, j’ai décidé de passer au catholicisme.

Ma conversion a aussi été un mariage de raison. Je crois que Dieu veut qu’on soit dans la même Église, et je n’avais plus aucune raison valable de rester dans une autre église que celle qui est là depuis Pierre et Jésus. Au XVIe siècle, à la Réforme, la vraie différence entre catholiques et protestants, c’était la question de la grâce. Aujourd’hui, les catholiques et les protestants sont pratiquement d’accord sur la grâce. Je trouve incompréhensible de rester divisés dans des tas de petites communautés. Dans le protestantisme, si vous n’êtes pas content, vous partez de votre église pour en créer une autre. Et vous direz que ce n’est pas grave puisqu’ « il y a beaucoup de demeures dans la maison du Père ». Mais Jésus n’a pas dit « faites des Églises différentes », il a dit « faites des disciples ». Et il a dit « soyez unis ». En tout cas, ces paroles lui sont attribuées dans le chapitre 17 de l’Évangile selon saint Jean. Plus généralement, j’ai appris à m’interroger sur le protestantisme à partir des Écritures.

Comment avez-vous connu la Communauté de l’Emmanuel ?

Un jour, j’ai été invité par une amie à une messe dans la chapelle de l’Emmanuel. Après la messe, je suis tombé sur Laurence de Louvencourt, très heureuse de me voir. Je lui ai dit que je ne suis pas catholique, que je ne sais pas prier comme le font les catholiques, mais que c’était très sympa de venir prier. Elle m’a alors demandé de prier pour une personne malade. Aussi curieux que cela puisse paraître, c’était la première fois qu’un catholique me demandait de prier pour quelqu’un comme ça, naturellement. J’étais habitué à prier comme le font les évangéliques, c’est-à-dire très souvent, avant que les réunions ne commencent, pour les proches, pour nous-mêmes… Mais je ne connaissais pas de catholiques qui le font autant et qui en parlent aussi librement, allant jusqu’à demander à des gens issus d’une autre Église de prier pour une autre personne. Ça m’a beaucoup impressionné. J’ai donc continué à fréquenter la Communauté de l’Emmanuel. J’avais le sentiment que je pouvais rester l’évangélique que j’étais, avec ma façon de prier, tout en étant avec des catholiques. Pour moi c’était nouveau. Et puis à l’Emmanuel, il y a un style, un ton, une ambiance, qui me plaisent, et que j’ai découvert à cette occasion. À la Communauté de l’Emmanuel, on comprend ce que disent les gens et on n’est pas trop entre soi. C’est un peu comme chez les évangéliques, en fait. Par ailleurs, j’étais déjà moi-même charismatique. C’est ma sensibilité. Devenir catholique chez mes amis de l’Emmanuel n’était vraiment pas difficile. Pourtant l’immeuble n’est pas joli. J’aurais pu choisir une belle église (rires).

Vous avez effectué de nombreux entretiens avec Laurent Landete. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué personnellement au cours de ces entretiens ?

C’est son témoignage personnel et son parcours qui m’ont le plus marqué. Il a évolué dans sa foi en accompagnant ses enfants malades (il a 2 enfants handicapés). C’est bouleversant, j’ai beaucoup pleuré en rédigeant le livre, on a même pleuré ensemble… Non, pas que ce soit tragique, mais il y a une présence très forte de Dieu dans la vie de Laurent. C’est impossible de rester indifférent à ça.

Vous l’avez beaucoup interrogé sur la relation entre prêtres et laïcs. Pourquoi cela vous semble-t-il important ?

En pleine période de scandales d’abus sexuels dans l’Église, il y aurait beaucoup de choses à dire sur la réflexion de Laurent sur les relations entre les clercs et les laïcs. Elle est utile parce que dans la Communauté de l’Emmanuel, il y a peu de problèmes d’abus, et je pense que ce n’est pas un hasard. Ce n’est pas parce que vous êtes meilleurs que les autres, mais parce que vous êtes mieux organisés que les autres. La Communauté de l’Emmanuel est structurée pour éviter le cléricalisme : les prêtres ne sont jamais seuls et la relation entre les clercs et les laïcs est valorisée. Ça m’a aussi beaucoup marqué.

Le sous-titre de ce livre s’intitule : « Regard d’un laïc sur la mission de l’Église ». Qu’est-ce qui vous a le plus intéressé personnellement dans ce regard ?

Laurent est ce laïc auquel la plupart des laïcs peuvent s’identifier. En un certain sens, et au vu de son témoignage, il est un exemple. En tout cas, sa vie offre un exemple de ce que Dieu peut faire pour nous tous. Nous qui sommes laïcs en avons d’autant plus besoin. Plus généralement, l’Église devrait apprendre à mettre en avant des gens qui ne sont pas prêtres, qui ne sont pas religieux ou religieuses, mais qui sont des hommes et des femmes mariés, qui ont des enfants, qui ont un travail et qui cherchent à vivre normalement en étant de simples catholiques pratiquants.

On a parfois besoin de savoir comment on fait quand on est marié, quand on bosse et quand on a des enfants. La vie n’est pas toujours facile. Nous connaissons tous des couples qui se séparent. Dans notre entourage, il y a des gens qui traversent des moments de doute, qui perdent la foi, qui cherchent à accompagner leur enfant malade, qui n’ont plus envie de vivre. Parfois, cette personne, c’est nous-même. Il est important de lire des témoignages pour savoir comment tel ou tel laïc a fait pour traverser ces problèmes. On a besoin d’exemples de gens qui tiennent dans la durée, dans la foi, qui restent fidèles à leur engagement. Laurent est un peu cet exemple-là, quelqu’un de « normal », un chrétien « ordinaire », qui a vécu des choses extraordinaires.

Et qui parle aussi de sa foi…

Oui ! C’est très important que les catholiques apprennent à montrer leur foi, à expliquer leur foi et, bien sûr, à la pratiquer. Car des gens ordinaires peuvent le faire ! L’Église catholique institutionnelle met hélas trop souvent en avant des gens hors du commun. Or, il faut faire comprendre aux gens ordinaires qui cherchent Dieu qu’il y a des gens comme eux dans l’Église. C’est quelque chose que j’ai appris du monde évangélique. Il est plus difficile de s’identifier à un prêtre parce que sa fonction est particulière. Si on pouvait rencontrer des gens comme vous et moi, ce serait simple. Au fond, si Laurent est sympa, ouvert, croyant, profondément attaché à la foi, à sa famille… vous et moi nous pouvons être comme Laurent. Et il n’a pas fait l’ENA, ni l’École Normale Supérieure. Il est infirmier… Son courage est souvent d’aller à contre-courant. Dans sa formation d’infirmier, il n’a pas hésité à manifester son refus de l’avortement. Il a aussi témoigné de l’enseignement de l’Église en matière de relations avant le mariage. Il est capable de résister, parce qu’il est dans la foi.

Vous trouvez que les chrétiens manquent de courage ?

Je pense qu’on manque de chrétiens courageux. Les catholiques rasent trop les murs. Je ne dis pas qu’il faut qu’ils soient comme les évangéliques en train de faire du prosélytisme dans la rue. Mais en France, les catholiques sont trop peureux. De quoi ils ont peur ? De gêner ? De ne pas être conformes à la laïcité ? De dire qu’ils croient en Dieu ? Franchement ce n’est même pas chrétien ! Cette peur-là est contraire à l’Évangile. Souvent on entend dire « le petit Jésus il était tellement modeste, tellement gentil, il allait voir tout le monde, etc. ». Certes, mais il disait aussi « N’ayez pas peur ». Les catholiques français ont trop peur. Le diable jubile, il a gagné grâce à cette attitude. Et ce n’est pas suffisant de dire « mais les évêques ont fait allégeance à Pétain ». La question est : que faites-vous pour annoncer la foi ?

« Dieu fait toutes choses nouvelles » est le nom choisi pour ce livre. Avec les difficultés que traverse l’Eglise aujourd’hui, c’est un titre audacieux, non ?

Les abus sexuels commis par des hommes d’Église et aussi par des laïcs sont des contre-témoignages qui blessent le corps du Christ. Tout le monde en souffre aujourd’hui et il faudra du temps pour guérir ces blessures-là. Ce serait bizarre si l’Église ne vivait pas une période difficile après de tels scandales. L’Église catholique traverse une crise épouvantable. Mais l’histoire n’est pas finie, l’Église a traversé beaucoup d’autres crises et elle est toujours là, parce que – c’est un constat – Dieu fait toutes choses nouvelles. Si vous êtes croyant vous savez que Dieu est capable de tout, avec qui il veut, quand il veut, on ne peut pas le contrôler.

Vous êtes à la fois bon connaisseur du monde chrétien au sens large et aussi un jeune catholique. Le travail sur ce livre vous a permis de mieux connaître la Communauté de l’Emmanuel. Qu’auriez-vous envie de dire ses membres et à ses amis ?

Entretenez la flamme du Renouveau Charismatique, cultivez la relation avec le Saint-Esprit, parce que la force vient de là. Soyez fermes dans cet ADN-là, restez-y fidèles. Vous serez en première ligne face à la sécularisation et aux agressions du monde. Le monde devient de plus en plus dur parce que les gens perdent la foi. Les catholiques qui nous précèdent, les générations des années 1960, 1970, 1980 n’ont pas fait le boulot nécessaire de transmission. Il est d’autant plus important que vous ayez une attitude exemplaire. Notre Pape dit d’aller aux périphéries de l’existence. Vous le faites. Il est important – crucial même – que vous continuiez sur cette voie-là. Parce que si vous ne le faites pas, personne d’autre ne le fera.


3 extraits exclusifs

Pour aller plus loin, découvrez 3 extraits du livre Dieu fait toutes choses nouvelles. Laurent Landete y témoigne de l’aide concrète de Dieu quand il se tourne vers Lui, il y dévoile une partie de sa vision sur la complémentarité des états de vie, et du soutient que lui ont apporté ses frères de la Communauté de l’Emmanuel quand il traversait des épreuves.


EXTRAIT 1

Vous dites souvent que vous criez vers Dieu, comme il est écrit dans la Bible. Comment cela ? Le faites-vous littéralement ?

Ce n’est pas toujours au sens propre du terme, évidemment. Quoi qu’il en soit, c’est une belle expérience de se tourner vers Dieu, de l’appeler, de lui demander son secours. Et il répond ! Il est accessible, il se laisse atteindre et vient lui-même vers nous. C’est même lui qui nous précède. Attention, ce n’est pas une recette magique ! Mais Dieu répond à chaque fois : il faut juste écouter. Écouter ! Dans notre cas, je veux dire que Dieu nous a aidés concrètement, pas seulement quand ces personnes ont répondu à mon attente dans la chapelle de l’hôpital. Le Seigneur nous a aussi donné des motions intérieures réconfortantes, conduits à faire des choix importants, aidés matériellement, rassurés, guidés dans notre chemin jusque dans les moindres détails. Je souhaite en témoigner, pour encourager ceux qui douteraient de cette possibilité. Réellement, c’est possible ! Pour tout le monde !


EXTRAIT 2

Concrètement, comment faire pour manifester cette complémentarité ?

Favoriser des rencontres très régulières, autour de repas, des temps de prières commun, des partages de la parole de Dieu et un soutien mutuel dans les expériences missionnaires communes.

Ce n’est pas très compliqué à mettre en œuvre. Ce partage ne doit pas être fonctionnel, afin que les prêtres comme les laïcs ne soient pas sans cesse en représentation ou en activité. Il est bon que les uns comme les autres se voient vivre, s’estiment et se corrigent fraternellement, s’il le faut. Il ne s’agit pas de partager le même salon ou la même cuisine. Mais il est possible d’inventer de nouveaux modes de proximité, par exemple dans le même bâtiment ou le même quartier, tout en prenant grand soin de préserver l’autonomie, l’unité et l’intimité des familles. Le fait de veiller les uns sur les autres nous garde des pièges liés au repli sur soi et des tentations de fuite relatives aux exigences de chaque état de vie.

Ce mode de vie n’est pas réservé aux communautés nouvelles. Il est d’ailleurs décrit pour une part dans les Actes des apôtres : « Chaque jour, d’un même cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple, ils rompaient le pain dans les maisons, ils prenaient leurs repas avec allégresse et simplicité de cœur ; ils louaient Dieu et avaient la faveur du peuple tout entier » (Ac 2, 46-47).


EXTRAIT 3 – LE « SACREMENT DU FRÈRE »

Comment faire alors ? Quels conseils […] donneriez-vous [aux lecteurs] ?

Qu’il me soit permis avant tout d’affirmer une chose avec conviction : nous ne trouverons notre repos et notre paix qu’en Dieu seul ! Une paix nourrie abondamment par sa Parole, par la prière, par l’oraison, par la pratique des sacrements, par la confiance en celui qui vient nous libérer des chaînes de la désespérance. Il faut chercher la lumière là où elle se trouve, et s’approcher du feu de l’Esprit Saint qui fait « toutes choses nouvelles » (Ap 21, 5). Le cœur du Christ est un abîme de consolation. Seul le cœur blessé de Jésus peut rejoindre le cœur souffrant de l’homme et le rendre capable d’aimer à nouveau. Sainte Bernadette disait qu’il faut beaucoup d’humiliations pour un peu d’humilité. Ce genre d’épreuves est mystérieusement un puissant instrument pour briser notre orgueil. Même si nous ne sommes pas appelés à rechercher ces humiliations, elles peuvent parfois nous faire évoluer positivement, si nous les offrons simplement dans notre prière. Je ne suis forcément pas encore assez humble, mais le handicap de nos enfants nous a assuré à Christel et moi une belle dose d’humiliations. Nous avons découvert qu’il était possible de les transformer en petites conversions successives afin de ne pas les laisser nous détruire. Ensuite, il est bon de chercher des frères en Christ, car ils portent un autre regard sur le monde et sur la vie, peu importe la communauté ou l’association. Il s’agit de ne pas rester seul et de décider de choisir son entourage. Le repli sur soi n’est jamais la bonne solution. Il faut rencontrer d’autres parents confrontés au handicap et qui ont réussi à prendre du recul. L’espérance et la foi ont besoin d’être portées et soutenues par la charité fraternelle. Il faut donc puiser à la bonne source : seuls les cœurs parlent aux cœurs ! Le silence aimant, qui vient du cœur, est plus précieux que tous les discours qui se veulent très intelligents et aidants. Je garde aussi précieusement une parole très forte de mon père. Au cœur de la tempête, alors que nous ne savions pas comment lui annoncer que nous attendions notre troisième enfant, il nous avait dit avec une certitude que je n’attendais pas : « Dieu pourvoira ! » Ces deux mots demeurent le fil conducteur de mon existence, car c’est la seule chose qui est sûre : Dieu est avec nous !

Comment vos frères de la Communauté vous portaient-ils ?

Ils étaient très présents. Ils nous aidaient concrètement et nous portaient dans la prière, tout comme la famille de Christel qui nous a énormément soutenus. La vie dans l’Emmanuel était encore une nouveauté pour nous et nous étions bouleversés par tant de délicatesse. Cela contrastait avec tout le reste. Un refuge sûr dans la tempête. À ce titre, je souhaite vous raconter une anecdote incroyable. Un jour, en fin d’après-midi, je m’apprêtais à rentrer seul de l’hôpital, car je travaillais le lendemain. En général, ces soirs-là, je m’effondrais totalement et je pleurais jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de larmes dans mon corps. Notre fille, qui avait six mois, était en train de subir un examen un peu particulier. On l’avait attachée à la table d’opération pour qu’elle reste immobile. Elle hurlait. C’était insupportable. Le médecin m’avait demandé poliment de quitter la salle, car on ne pouvait pas rester tous les deux. Christel avait heureusement reçu l’autorisation de l’accompagner. Je suis donc sorti dans le couloir avant de rentrer à la maison. J’étais perdu. Je voulais d’abord aller dans le jardin de l’hôpital, juste pour crier ma colère, afin que Dieu nous aide.

En descendant l’escalier, j’ai aperçu le panneau « chapelle ». J’ai pensé que c’était là qu’il fallait crier vers le Ciel et j’y suis donc allé. Dans la pénombre de cet oratoire, j’ai aperçu un couple que j’avais déjà rencontré dans le cadre de la Communauté de l’Emmanuel. Mais je ne les connaissais pas. Ils étaient en train de prier en silence, paisiblement. M’approchant d’eux, je les ai salués et je leur ai demandé s’ils venaient rendre visite à un malade.

Ils m’ont alors répondu avec une immense tendresse : « Non, Laurent, nous sommes là pour toi. » Vous vous rendez compte ! Ils étaient là pour moi, pour nous ! Je venais pour crier à l’aide et ces deux personnes avaient surgi et étaient là pour entendre ce cri. Le frère m’a serré dans ses bras. Ce fut la deuxième effusion de l’Esprit de ma vie. J’ai découvert ce que la tradition et les Pères de l’Église appellent le « sacrement du frère », signifiant que Dieu est vraiment présent dans le cœur de celui qui se donne aux autres par amour. Cette rencontre providentielle fut comme une marque au fer rouge dans mon âme, un tatouage indélébile !

Le « sacrement du frère » ?

Oui, un frère, un vrai frère en Christ, c’est quelqu’un qui est là pour toi. Gratuitement, sans calcul. Ce soir-là, nos frères étaient présents et priaient pour nous. Ils ne nous demandaient rien en retour. Si je n’étais pas entré dans cette chapelle, jamais je ne l’aurais su. Telle est la grâce et le but de toute vie chrétienne : se soutenir les uns et les autres. Vous comprenez qu’après cela, on ne peut qu’aller mieux, non ? Porté par un véritable amour, il est plus facile d’aller plus loin, de prendre du recul.

Tous les midis, quelqu’un de la Communauté ou de la paroisse venait nous relayer à l’hôpital pour que Christel et moi puissions aller déjeuner, sans laisser seuls nos enfants. Ils assuraient un relais. Une fourmilière de charité s’est ainsi développée autour de notre épreuve. C’était une concentration d’amour. Nous nous appuyions aussi énormément sur la prière des sœurs du Carmel de Bordeaux. Là où la souffrance abondait, ces véritables amis nous donnaient de la consolation et de l’amour en surabondance. C’est dans ce contexte que nous avons choisi de manière définitive la vie communautaire dans l’Emmanuel. Pas comme on choisit un club ou un ghetto pour s’y enfermer, mais comme on décide de vivre dans un foyer qui rayonne pour annoncer le Salut en Jésus.

On comprend aisément votre choix.

Oui, je pense que c’était la conséquence logique de ce que nous étions en train de vivre. Dieu nous avait placés dans un contexte particulier. C’est là que nous avons décidé de nous engager pour évangéliser dans la compassion, en étant centrés sur le Christ.

J’étais par ailleurs très attiré par la prière charismatique, la prière mariale, l’adoration et l’amour de l’Église. Après tant d’années d’engagement dans l’Emmanuel, je peux témoigner que ce mode de vie spirituelle très incarné nous a remis debout et façonnés durablement.


Voir aussi

[LIVRE] Dieu fait toutes choses nouvelles, un livre d’entretien avec Laurent Landete

Laurent Landete, qui achève fin juillet son mandat comme modérateur général de la Communauté de l’Emmanuel, publie le 17 juillet ...